samedi 21 juillet 2012

Lire des mangas en japonais

Chacun a ses motivations pour apprendre le japonais, mais il y en a une qu’on rencontre plus souvent que les autres : « Je veux apprendre le japonais pour lire des mangas ». C’est une motivation tout à fait honorable, car si les mangas ne reflètent qu’une partie de la culture japonaise (comme la BD en France), leur contenu est cependant très riche et varié. Ceux qui pensent encore qu’ils n’ont aucun intérêt n'en ont probablement jamais ouvert un seul !

Néanmoins, il faut se méfier, car lire des mangas n'est pas aussi facile qu'il y paraît. D'abord parce qu'il s'agit de langue parlée. Cela signifie que bon nombre de repères qui structurent la phrase écrite disparaissent : les particules sont souvent omises, les verbes sont éludés ou contractés, des parties de la phrase inversées... bref, un débutant qui sort tout droit de son manuel de japonais risque d'être un peu déboussolé. Si l'on n'est pas capable d'identifier la forme d'un verbe, comment le chercher dans le dico, hein ? Quant au vocabulaire, s'il est sans doute plus simple que dans un journal ou dans un roman, il est tout de même d'une grande diversité, puisque les thématiques abordées sont multiples. Et puis il y a toutes ces expressions qu'on ne trouve pas dans le dico. Reste que les phrases sont courtes (bulles obligent) et qu'il y a des images... Ouf !

Comment s'y prendre alors ? D'abord, mieux vaut choisir un manga pas trop complexe, sans vocabulaire spécialisé, et s'en procurer un volume, avec l'équivalent en français. La version française vous permettra de comprendre le sens général si vous êtes vraiment perdu, mais ne répondra sans doute pas à toutes vos interrogations sur le japonais, car les traductions sont rarement très littérales. Ensuite, mieux vaut se renseigner un peu sur les déformations que peuvent subir les verbes et les mots, par exemple en consultant cet article de wikipédia. Enfin, il faut choisir son objectif. Soit il s'agit de simplement lire, et dans ce cas, on peut avancer plus vite en se contentant de comprendre le sens général, soit on veut tout décortiquer, noter les expressions et le vocabulaire dans son SRS, et il faut accepter d'avancer lentement dans l'histoire. Dans le deuxième cas, mieux vaut choisir un manga qui enchaine les petites histoires plutôt qu'un polar à suspens, c'est moins frustrant.

Dans tous les cas, si l'on choisit un manga comme support pour étudier le japonais, il faut garder une chose en tête : même si c'est du texte, c'est de la langue orale, souvent familière. Donc pour travailler la langue écrite (avec une grammaire plus orthodoxe), il faut trouver d'autres supports (le journal, par exemple, ou n'importe quel bouquin), de même qu'il faut écouter autre chose que des anime pour avoir un panorama complet de la langue parlée.
Il faut aussi observer dans quel contexte sont employés les différents registres de langage (deux enfants qui parlent entre eux n'emploient pas les mêmes tournures quand ils parlent à leurs parents, qui eux-mêmes parlent différemment à leur conjoint ou leur patron). Plus le manga étudié est réaliste, proche du quotidien, plus la langue que vous y trouverez sera proche de celle qui est pratiquée dans la vie de tous les jours.

Pour débuter, je vous conseille Doraemon : histoires courtes, avec un vocabulaire quotidien (mises à part les inventions de Doraemon), pas trop de kanji (même pas assez à mon goût, mais ça peut en arranger certains), et globalement assez facile à comprendre. Une fois familiarisé avec les spécificités de la langue orale, il est toujours temps de passer à un univers plus complexe et plus adulte.

En tout cas, quel que soit le manga choisi, et quel que soit le registre de langue utilisé, vous apprendrez toujours quelque chose. Et comme vous l'aurez appris en vous amusant, vous le retiendrez plus facilement. Alors faites-vous plaisir !

14 commentaires:

Anonyme a dit…

Et hormis Doraemon, quels autres titres possèdes-tu ou conseillerais-tu ?
Yotsuba ? Chi ?

Lili a dit…

J'ai des Detective Conan (une histoire par chapitre), des Naruto (là je connais l'histoire par coeur, alors c'est plus facile), et dans un autre genre, j'ai lu plusieurs Taniguchi. Il n'y a rien qui soit vraiment plus facile qu'autre chose, il faut prendre son temps, c'est tout. Pour l'instant, je lis plus de presse, livres sur la langue, articles sur internet, que je ne lis de manga en japonais. Pour des questions de prix aussi...

Anonyme a dit…

D'accord, merci.

Et pour ce qui est des anime ou des drama, as-tu des suggestions ou des conseils?

J'essaye dernièrement d'en regarder un maximum pour améliorer mon écoute (shounen et seinen pour le moment, les shoujo doivent être plus facile à comprendre mais bon...)même si j'ai conscience que certains personnages ont une façon bien particulière de parler par rapport à la réalité.
Je ne comprends bien sur pas tous les mots ce qui est un peu frustrant (au mieux 2,3 par phrase ça varie beaucoup selon la longueur des répliques) et je m'efforce de ne pas regarder les sous-titres. Mais je veux vraiment améliorer mon écoute qui n'est pas mon fort(pas seulement pour le JLPT d'ailleurs qui est un objectif mais en général) et j'enchaîne les anime que je connais de préférence pour ne pas être largué (Berserk dernièrement) juste pour écouter sans trop chercher à tout saisir et bien que ça reste très/trop rapide ( les locuteurs japonais aussi dans la vraie vie d'ailleurs -_-' ) j'analyse parfois les comportements et ou mimiques par rapport à certaines situations ou mots ou des expressions que je crois reconnaître (Ah tiens Untel dit "Temae/kisama" qui est péjoratif...il est colère, quelqu'un dit "sumimasen" mais on dirait que c'est une forme de remerciement dans telle situation).
Je suis surpris d'entendre lire certains (enfin quelqu'un en particulier) me dire qu'il comprend(rait, autant garder le conditionnel ) parfaitement des films/anime/reportages et dans le même temps je suis perplexe.

Nony

Lili a dit…

Pour les drama, je ne peux pas te dire, je n'en regarde pas. Pour les anime, tu peux essayer Sazae-san. C'est court (environ 7 mn), avec un registre un peu plus poli (comparé aux shonen) et un vocabulaire assez quotidien. Tu ne risques pas de regarder les ss-titres, il n'y en a pas. Tu peux favoriser des animes à thème, où un vocabulaire revient très souvent, ce qui permet de l'assimiler (ex : si tu regardes Detective Conan tu ne pourras plus oublier comment on dit commissaire, meutre, suicide, victime, détective...). Les anime proches de la vie réelle (Bakuman) sont intéressants aussi (le vocabulaire de Fairy tail est moins quotidien). J'ai bien progressé avec les émissions de NHK school dont j'ai déjà parlé (écoute - lecture du script - 2e écoute). Il faut aussi accepter de regarder des choses sans tout comprendre (les infos, des podcasts entièrement en japonais). Ça fait l'oreille et petit à petit, on finit par s'améliorer sans s'en apercevoir. Lire permet aussi de progresser en compréhension orale. Plus tu as de vocabulaire, plus tu as de chance de le reconnaître !

Pour la personne qui se vante de tout comprendre, je ne peux pas te répondre, puisque je ne la connais pas. Il y a des gens qui ont des facilités et sont naturellement doués. Il y a aussi des gens qui aiment bien crâner et complexer les autres. Les seconds sont plus nombreux que les premiers. Moi, je ne comprends pas tout, loin s'en faut. Quand j'écoute la radio, sans savoir de quoi ça parle, j'ai beaucoup de mal. Mais je sais que j'ai progressé, car certaines choses qui étaient incompréhensibles il y a 2 ans sont devenus très compréhensibles maintenant. Et il m'arrive en regardant les sous-titres de repérer des approximations de traductions, ce qui veut dire que j'ai compris la phrase japonaise correspondante. Tout cela pour dire que c'est comme pour le reste, c'est en forgeant qu'on devient forgeron. C'est aussi un aspect sur lequel je dois progresser, car je privilégie trop la compréhension écrite.

Anonyme a dit…

Merci pour tes conseils.
J'ai aussi trouvé Mister Ajikko (le Petit Chef) centré sur la cuisine, je vais surement apprendre des trucs dessus. Pour le type dont je t'ai parlé il s'agit d'un internaute (un lycéen je crois sur un de ces blog-forums francophones destinés à l'apprentissage du japonais), je ne sais plus trop lequel d'ailleurs mais peut-être y as-tu déjà fait un tour.
Sinon, repasses-tu plusieurs fois la séquence d'une vidéo en streaming (anime, film, clip) pour réécouter un passage que tu n'aurais pas compris ? Oui,j'ai moi aussi tendance à ne privilégier que l'écrit (pas seulement en japonais d'ailleurs), vivement que je franchisse le cap de l'écoute ...et aussi celui de la production (orale notamment).

Nony

Lili a dit…

Je fréquente plusieurs forums japonais, mais de manière assez sporadique. Celui qui me convient le plus est probablement celui d'Ici-japon.
Concernant les vidéos, il m'arrive de me repasser dix fois un même passage s'il pique vraiment ma curiosité, mais en général, j'essaie de me limiter à 2 écoutes (si le sujet m'intéresse) pour que cela ne devienne pas rébarbatif. Bien sûr, il y a des tas de choses que je n'écoute qu'une fois. Je pense que la fréquence d'exposition est plus importante que la compréhension des détails.
Concernant l'expression, je travaille un peu l'écrit (correspondants) mais pas du tout l'oral, faute d'occasion de le faire et aussi par que l'expression orale n'est pas mon fort, toutes langues confondues.

Anonyme a dit…

Ah bah voilà ça me disait quelque chose...
Il parlait de battre le record d'apprentissage d'AJATT de 18 mois ou quelque chose comme ça...mais bon chaque chose en son temps (même s'il est quelque part une sorte de rival XD). Néanmoins s'il avait commencé son apprentissage plusieurs années, son discours n'aurait pas été le même.
Malgré ça, il n'empêche qu'il y a tout de même de bonnes pointures dans ce forum pour aider les débutants.

Je vois qu'on a presque les mêmes méthodes d'apprentissage. Pour les vidéos j'essaye sporadiquement de repasser certains passages pour ne gâcher le plaisir d'écouter la langue (faudrait un bon compris entre la répétition et le plaisir )et concernant le fait de ne pas regarder les sous-titres c'est pour les raisons suivantes:

- l'impression de ne pas progresser car si je ne fais que lire les sous-titres, je sens que je fais moins attention à ce que j'entends

- les éventuelles erreurs ou adaptations mais je n'ai pas la prétention de faire mieux en matière de fansub

- la syntaxe entre le japonais et le français n'est pas la même et du coup ça n'aide pas à bien suivre tous les mots d'une phrase (c'est aussi sans compter les phrases en suspens ou les formes contractées, l'absence du sujet...)

Nony

Lili a dit…

Je ne me sens pas trop concernée par les gens qui veulent battre des records. Une langue, pour moi, ce n'est pas fait pour ça, et sa maîtrise ne s'évalue pas comme cela. Je ne me vois pas non plus passer un concours pour le plaisir d'en passer un. J'admets que cela peut permettre de se donner un objectif. Mais il y a quand même des divertissements et des motivations plus sympa (je rejoins AJATT là-dessus). A la rigueur le kanken, parce que c'est axé sur les kanjis...
Tu as raison, il y a des gens très compétents pour répondre sur Ici-Japon, et surtout très patients (je pense à l'infatigable Tsubasa-kun, qui répond toujours avec beaucoup de sérieux et de gentillesse). De temps en temps, j'essaie d'aider aussi, mais mes interventions restent très limitées. Je ne suis pas aussi patiente, ni compétente :-)

Anonyme a dit…

Bonjour Lili,

Je suis tombé sur ton commentaire et (il m'a fait plaisir et je t'en remercie), mais je pense sincèrement que tu es bien plus douée que moi en japonais.
Tes explications sont très claires, tu as une certaine culture et tu as déjà vécu au Japon (ce que j'aimerais faire lors d'un séjour). En clair, tu as une vraie expérience (et légitime à mes yeux) à faire partager via ce blog (une de mes références pour apprendre/revoir certaines choses).

Merci à toi et à bientôt,

tsubasa-kun

Lili a dit…

Bonjour Tsubasa-kun

Je suis très heureuse de te compter parmi mes lecteurs et très touchée par tes compliments que je vais essayer de mériter :-).
Malheureusement, je n'ai pas vraiment vécu au Japon, si ce n'est pour deux séjours d'un mois à chaque fois. Ça peut paraître enviable, mais ça reste un peu court pour une expérience approfondie. D'autant qu'à l'époque, je ne parlais quasiment pas japonais. Je commençais tout juste à le lire, de manière plutôt limitée. Ma culture japonaise se construit surtout à travers ce que je lis, regarde, et à travers les échanges... comme tout le monde, au fond :-) J'aimerais retourner au Japon, et je le ferai sûrement un jour, mais mon goût immodéré pour la langue me donne l'impression d'y être même en restant ici.
En tout cas, je reste admirative de la constance de ton activité sur le forum et de la patience avec laquelle tu réponds à toutes ces questions (je sais que tu n'es pas le seul, mais quand même).

Anonyme a dit…

Bonjour Lili

Mais de rien. :-)
Je ne suis pas tout seul sur le forum c'est vrai, et j'ai beaucoup appris (et continue encore )en lisant et ou en échangeant avec d'autres membres et je fais de mon mieux quand je peux répondre mais il me reste encore beaucoup de choses à apprendre pour être vraiment autonome en japonais. Je me suis parfois posé les mêmes questions que les débutants, et je m'en pose encore sur différents points comme des mots ou expressions plus ou moins proches, les homonymes, la grammaire, les kanji, les dialectes, les onomatopées,... c'est pourquoi,je ne pense pas pouvoir être professeur de japonais ^^' (timidité peut-être).
Ton blog est bien utile pour les francophones (j'ai rien contre l'anglais mais parfois j'aime bien trouver des infos dans la langue de Molière) et permet de revoir certaines choses et de mieux comprendre le japonais.
Tout comme tu l'as écrit plus haut je ne pratique pas non plus l'oral, ce qui me fait encore défaut. Même si j'ai conscience que j'ai quand même un peu progressé par rapport à 2 premières années d'apprentissage, j'ai encore un peu l'impression de stagner ces derniers temps et j'ai quelques défauts tels que faire encore des phrases trop courtes,ne plus vraiment écrire à la main ou ne plus savoir comment lire un mot alors que j'en connais la signification (et vice-versa). Je bosse essentiellement avec Internet en variant les activités comme regarder un anime ou écouter la radio pour me forger l'oreille même si (soyons honnêtes) je ne comprends pas toujours afin de pas me lasser et ce, même si ça ne dure pas plusieurs heures par jour (ce qui n'est pas possible ou alors je m'en rends pas compte). Je passe aussi mon temps à la recherche d'infos même si à côté je possède aussi quelques livres. Je vois que tu as posté ici quelques références pour l'écoute qui me seront utiles ;).
Je ne sais pas vraiment si vivre en immersion permet de progresser ( a priori oui mais entre la théorie et la pratique il y a souvent un fossé) car je n'ai jamais essayé mais j'aimerais bien rester un long moment au Japon pour vraiment m'améliorer et me faire une idée du Japon. Je n'aime pas trop parler de "vivre au Japon" car je ne connais pas bien ce pays et je ne veux pas l'idéaliser, et aussi parce que ça serait dommage de ne pas y aller au moins une fois (je vieillis aussi ^^' ).

Je te souhaite d'y retourner.
Merci encore et à bientôt,

tsubasa-kun

Lili a dit…

Je me retrouve dans beaucoup de ce que tu qualifies de "défauts" :
- ne plus vraiment écrire à la main : à part le tracé des kanjis que je révise avec Anki, je n'écris qu'à l'ordi, ce qui est quand même nettement plus facile. Néanmoins, je pense que c'est un problème qui touche aussi les Japonais (d'où les logiciels pour adultes sur nintendo DS)
- ne pas savoir lire un mot dont je connais la signification (ou ne pas reconnaître un mot écrit en hiragana alors que je le reconnaîtrais s'il était en kanji) : ça, c'est ce qui m'agace le plus. Mon objectif du moment, c'est de m'améliorer sur ce point et de parvenir à deviner la prononciation de 90 % des noms communs (il y aura toujours des prononciations tordues). Pour cela, je me sers des livres/logiciels de préparation au kanken, en reprenant presque depuis le début. Ça fait du boulot !

Pour l'immersion dans le pays, je pense que cela marche si on est capable d'aller vers les autres. Il y a des gens qui vivent à l'étranger pendant des années sans rien apprendre parce qu'ils restent entre expat. Mais si on suit des cours ou si on travaille, je pense qu'on progresse forcément. Quant à l'immersion chez soi, impossible pour moi (famille, boulot). Je me contente d'en faire le plus fréquemment possible, même si ce n'est jamais autant que je le voudrais.
Tout à fait d'accord avec pour rester vigilant vis-à-vis du risque d'idéalisation du pays. J'aimerais y vivre et y voyager quelques mois, voire un an, mais je pense que je n'aimerais pas y travailler (de toute façon, je n'aime pas travailler, je préfère étudier et voyager :-))

Anonyme a dit…

Ah oui je connais Sono mama, je l'ai même utilisé et c'est vrai qu'il est pas mal. Dommage que l'écran soit trop petit pour écrire. J'ai aussi testé Kakitori-kun pour les kanji.
Oui à un moment donné, on s'habitue si vite aux kanji que les kana perturbent.
Des livres pour le kanken ? Faudra que je vérifie ça.
Ah oui j'aimerais beaucoup voyager.


tsubasa-kun

Wowürze a dit…

La lecture de manga doit être un bon entraînement, mais il faudrait que je revois mes Kanjis en premier lieu. Travailler avec une team qui traduit les scans ou les animes peut aussi être très enrichissant.

Pour l'anglais j'avais participé à la traduction d'un serveur privé de Ragnarok online à l'époque et j'avais appris énormément de choses. Mais il faut toujours prendre un travail à la mesure de son niveau en langue, sinon c'est vite décourageant.