dimanche 21 décembre 2014

Les erreurs à ne pas faire en lisant du japonais (ou tout autre langue)

Ma première tentative d'apprentissage du japonais (むかし、むかし) s'était soldée par un abandon. Ce n'était pourtant pas peine perdue, puisqu'elle m'a incité, lors de mon deuxième essai (toujours en cours :-) ) à mieux penser mes objectifs et ma méthode de travail. Comme je l'ai déjà expliqué dans une de mes pages d'introduction, je me suis beaucoup inspirée du site de Khatzumono, All japanese all the time. Même si je suis loin d'avoir suivi tous ses conseils, notamment sur l'utilisation du RTK de Heisig (= Kanjis dans la tête de Maniette) pour apprendre les kanjis, j'ai observé plusieurs de ses recommandations et surtout sa "philosophie". Cela m'a permis, entre autres, de  toujours veiller à conserver mon plaisir d'apprendre, de ne pas faire de complexes inutiles en comparant ma progression à celles des autres, etc. Malgré ces pieuses lectures, je garde néanmoins une vilaine tendance à considérer que je n'en fais jamais assez et à vouloir explorer chaque chose de fond en comble, quitte à flirter dangereusement avec la saturation et l'exaspération, ce qui n'est bon ni pour moi, ni pour mon entourage. Pour ceux qui auraient les mêmes penchants que moi, je reprends ici quelques conseils issus d'un article sur les erreurs à ne pas faire en lisant..

Stop trying to read every word



Arrêter d'essayer de lire chaque mot : voilà un conseil que j'essaie désespérément de suivre. J'ai toujours eu tendance à privilégier ce qu'on appelle la lecture intensive (explorer à fond un texte court, éventuellement un peu difficile, en le décortiquant). Mais si la lecture intensive permet de faire de nets progrès, elle s'avère frustrante si on se limite à cela. Parce qu'on passe son temps le nez dans le dico, qu'on avance pas assez vite, etc. Il est donc bon de pratiquer aussi la lecture extensive (lire des textes plus longs en se contentant de saisir le sens général des phases/paragraphes, sans décortiquer). A mesure que l'on progresse, il me semble que la part de lecture extensive devrait prendre le pas sur l'intensive. Mon problème est qu'arrivée à la fin d'un texte lu en "mode extensif" avec la satisfaction d'avoir compris l'essentiel (mettons 80 %), il m'est quasiment insupportable de laisser les 20 % qui restent. Tous ces mots que je ne connais pas et qui me font de l'oeil... Ces phrases dont je ne comprends pas la construction, même si je comprends à peu près ce qu'elles veulent dire... Et cette prononciation dont je ne suis plus très sûre...Et voilà comment je me remettre une couche de la lecture intensive sur des textes parfois assez longs. Et bien, c'est mal. Stop trying to read every word. Le sensei a raison. D'autant qu'aller chercher les 20 % qui restent ne m'apprend généralement rien sur le texte lui-même. Je ferais mieux de garder mon énergie pour des textes que je ne comprends vraiment pas.

Stop trying to read every page



Arrêter d'essayer de lire toutes les pages. Il m'a fallu plusieurs années, et la découverte des 10 droits du lecteur de Daniel Pennac, pour m'autoriser, exceptionnellement, à ne pas finir un livre (en français). J'ai néanmoins beaucoup de mal à appliquer ce principe en japonais. Cela m'est pourtant arrivé, quand je sentais que poursuivre reviendrait à fournir un effort vraiment trop grand et donc contre-productif (parce que décourageant). C'est ainsi qu'après avoir lu une partie de 人間失格 (La déchéance d'un homme) de Osamu Dazai en japonais, j'ai poursuivi en français (un crève-coeur, car j'avais pu constater sur la première partie que la traduction française était bourrée d'erreurs, contrairement à la traduction anglaise). Néanmoins, si je suis capable de mettre un livre de côté, sauter une page (y compris lorsqu'une lecture linéaire n'est pas indispensable) m'est très difficile, comme si j'avais peur de louper un truc essentiel. Là encore, c'est mal. Se contraindre à lire jusqu'au bout, sans sauter une ligne, un truc pour lequel on a perdu toute motivation, cela nuit au plaisir de la lecture en général, et de la lecture d'une langue étrangère en particulier.

 

Stop trying to read in massive chunks of time



Arrêter d'essayer de lire longtemps d'affilée. Et Khatzumoto d'expliquer que la raison pour laquelle certains prétendent ne pas avoir le temps de lire, c'est juste qu'ils attendent un  "golden multi-hour block" (un moment idéal de plusieurs heures) qui ne vient jamais. Mieux vaut utiliser des temps plus courts, ce que je n'ai guère de mal à faire, moi qui ai l'habitude de grappiller des minutes de lecture (en japonais ou non) partout où je peux, jusqu'à oublier qu'il serait parfois plus sain de respirer un coup et d'accepter de ne rien faire.
Non seulement il faut arrêter d'attendre d'avoir beaucoup de temps pour se mettre à lire, mais il est même déconseillé de lire quelque chose d'exigeant trop longtemps. Parce que l'attention s'émousse et s'épuise. Mieux vaut s'arrêter avant que le cerveau ne fume ou ne ramollisse (selon votre état physique et psychique, chez moi, ça a plutôt tendance à fumer). Lorsque je sens venir la fatigue, ma tendance naturelle (si je ne suis perturbée par aucun élément extérieur), c'est de me dire : "Allez, encore un petit paragraphe". Puis : "Bah, je suis presque à la fin de la page, autant terminer." Puis : "Oh, plus qu'une colonne pour finir l'article, ce serait dommage d'arrêter là." Un processus idéal pour transformer une lecture agréable (au début) en un effort fastidieux (à la fin). Et pour devenir ronchon, en prime.

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Il n'est pas évident d'abandonner ses réflexes, mais avoir conscience des limites / obligations que l'on s'impose, des processus mentaux que l'on suit instinctivement, est un préalable indispensable à tout changement. Etre suffisamment à l'écoute de soi pour savoir quand il faut s'arrêter, tous domaines confondus, est vital. Je ne sais pas si ces réflexions vous seront très utiles, mais puisque je ne suis sans doute pas la seule dans mon genre, je suis heureuse de les partager avec vous.

1 commentaire:

mikisan a dit…

bonjour je comprend, j’apprends le japonais depuis un peu plus de trois ans et s'est vrai que parfois j'ai tendance a m'acharner sur des détails , a perdre du temps sans compter que quand j'essaye de lire un manga en japonais je mesure a quelle point j'ai du chemin a faire , c'est un travail de longue haleine.