dimanche 26 avril 2015

Hyakunin isshu, poème n° 28 : 山里は

Voici un poème hivernal de 源宗于朝臣(みなもとのむねゆきあそん), un petit-fils d'empereur. On imagine mal que le poème soit autobiographique, l'auteur n'étant a priori pas un ermite. C'est plutôt un exercice de style.

山里は
冬ぞ寂しさ
まさりける
人目も草も
かれぬと思へば

(やまざとは ふゆぞさびしさ まさりける ひとめもくさも かれぬとおもえば)

山里 : 山, montagne, 里, village, donc, "village de montagne". Le は sous-entend ici une comparaison avec la ville.
冬ぞ寂しさ : 冬, l'hiver, 寂しさ, la solitude. ぞ est une particule emphatique, reliée à ける. Un village de montagne est isolé en toute saison, mais plus particulièrement l'hiver.
まさりける : まさり est le rentai-kei de まさる, dépasser, excéder. La solitude atteint des sommets en hiver. ける ajoute une nuance d'exclamation, d'emphase.
人目も: 人目 signifie ici la présence des gens, la venue de visiteurs
草も : 草, c'est l'herbe, la végétation. Il faut noter la structure en も...も qui met plantes et gens sur le même plan. C'est tout le vivant qui se replie.
かれぬと : かれ est un jeu de mots entre 離れ (alors prononcé かれ et non はなれ comme c'est généralement le cas), qui se rapporte à 人目 et signifie "séparer, à distance", et 枯れ qui se rapporte à 草 et signifie faner, mourir (pour une plante). ぬ marque ici l'achèvement (à ne pas confondre avec la rentai-kei de la négation ず, qui a la même forme). Le と est un と de citation, qui introduit 思へば
思へば: équivalent de 思う, penser en langue moderne. La forme en ば indique ici la cause (énoncée au-dessus)

Un poème plutôt simple, comparé à certains de ces prédécesseurs. Je ne suis pas certaine de pouvoir en faire une règle absolue, mais il me semble tout de même que les poèmes sont bien moins alambiqués lorsqu'ils ne parlent pas d'amour, tout en conservant de délicates subtilités. Néanmoins, ce qui est simple à comprendre reste difficile à traduire.


Dans mon village
de montagne, l'hiver accroît
encore ma solitude,
car les visites comme les herbes
s'amenuisent et disparaissent


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