mardi 26 mai 2015

Hyakunin isshu, poème n° 29 : 心あてに

Le poème 29, de  凡河内躬恒(おうちこうちのみつね), est un poème "nature", ce qui change des innombrables poèmes d'amour. René Sieffert explique toutefois qu'il s'agit moins d'un thème original, reposant sur un quelconque sens de la nature, que de l'utilisation un peu clichée d'images issues de la poésie chinoise. Moi qui ne suis pas encore assez familière avec ce genre de poésie pour en être blasée, je trouve pourtant l'image fort gracieuse.

心あてに
折らばや折らむ
初霜の
置きまどはせる
白菊の花

こころあてに おらばやおらん はつしもの おきまどわせる しらぎくのはな



心あてに : au hasard, au petit bonheur la chance

折らばや折らむ : 折る a ici le sens de cueillir et se rapporte à 白菊の花, chrysanthème blanc. Nous en avons ici deux formes, une forme en ば et une forme en む. La forme en ば a un sens conditionnel. Dans le Manuel de japonais classique de Jacqueline Pigeot, j'ai lu que la construction や + らむ servait fréquemment à exprimer la conjecture. Je pense qu'il faut comprendre quelque chose comme "Est-ce à l'aveuglette que j'en cueillerai une, si j'en cueille une ?" Pas très sûre de moi sur ce coup-là, je suis tout de même allée vérifier ce qu'avaient compris des prédécesseurs plus qualifiés que moi. La traduction donnée par René Sieffert pour ces deux premiers vers n'est guère limpide : "Or à supposer que je les veuille cueillir, cueillies l'on croirait..." ??? Je comprends mieux la traduction du professeur Mostow : "Must it be by chance, if I am to pluck one, that I pluck it ?"

初霜の : 霜, c'est le givre, 初 signifie ici premier, le premier givre de l'année. の a le sens de が

置きまどはせる : 置き a ici le sens de "se déposer" et se rapporte au givre. まどはせる m'a posé problème, car j'ai mis du temps à identifier la forme verbale, まどはす. Même après avoir compris que c'était l'équivalent de 惑わす, j'ai du mal à saisir le rapport entre le sens premier du verbe - se fourvoyer, avoir le jugement troublé - et les explications que je lisais sur ce vers. Mais le verbe a aussi le sens de "perdre de vue", "ne plus savoir où on va", bref, une idée de perte de repères. L'idée est donc qu'en recouvrant tout, le givre rend les fleurs blanches difficiles à discerner et que le poète ne sait plus très bien où tendre la main pour faire sa cueillette.

白菊の花 : 白, c'est blanc, 菊 chrysanthème et 花, fleur. Donc, chrysanthème blanc.

Je vous propose de traduire l'ensemble ainsi :

Si j'en cueille une,
est-ce à l'aveuglette que je
la cueillerai ?
Fleurs de chrysanthème blanc
cachées sous les premiers givres

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Félicitations Lili, pour ce blog, riche en informations, bonne continuation