lundi 4 janvier 2016

Hyakunin isshu, poème n°39 : 浅茅生の

L'auteur de ce poème d'amour, charmant mais épineux (en terme de traduction) est 参議等(さんぎひとし) aussi appelé 源 等(みなもと の ひとし).


浅茅生の
小野の篠原
忍ぶれど
あまりてなどか
人の恋しき 

あさじうの おののしのはら しのぶれど あまりてなどか ひとのこいしき 


浅茅生の : 浅茅 est le nom d'une herbe, une variété de チガヤ ne poussant pas très haut. 生 désigne ici le lieu où pousse cette herbe. L'ensemble détermine 小野 qui vient après.
小野の : 野 signifie champ, plaine (小 a juste un rôle de préfixe et n'a pas le sens de "petit")
篠原 : lieu où poussent des bambous (espèce aux tiges minces, pas les grands bambous des forêts de bambous). Il y a un jeu de mot entre 篠, qui se prononce しの et 忍ぶ(しのぶ) qui vient juste après. L'ensemble sert d'introduction au reste du poème.
忍ぶれど : 忍ぶれ est la izen-kei de 忍ぶ. Cette forme verbale est requise par le ど qui vient après, et qui a une valeur concessive («bien que»). 忍ぶ a ici le sens d'endurer, supporter et aussi de dissimuler.
あまりて : あまりて est l'équivalent de 余って, forme en て de 余る, qui a le sens de trop, excessif. Les sentiments, le désir étant trop forts, il n'est plus possible de les supporter en silence et de les dissimuler.
などか : en bungo, など a aussi le sens de "pourquoi ?", comme なぜ en langue moderne. De plus, en langue classique, か se place derrière le mot interrogatif au lieu d'être à la fin de la phrase. C'est aussi à cause de か que le verbe qui suit (恋しい) est à la rentai-kei  (règle de concordance entre certaines particules et les formes verbales qui les suivent)
人の恋しき : 人 désigne comme bien souvent "l'autre", c'est-à-dire ici la femme aimée et convoitée. Comme indiqué plus haut 恋しき est la rentai-kei de 恋しい, désirer, se languir de...

Le principal problème de traduction tourne autour de l'articulation entre les deux premiers et les trois derniers vers, et sur しの. Chacun y va de son interprétation sur la métaphore de la plaine de bambous. Pour certains, les bambous, qui dépassent inévitablement des herbes 浅茅, sont comme les sentiments de l'auteur : ils ne peuvent être dissimulés. René Sieffert considère que cette "lande aux bambous nains" sert de cadre aux amours dissimulés. Dans tous les cas, il est malaisé de rendre en français, le jeu de sonorités sur しの. Je vous propose ceci :

Comme les bambous
au milieu des herbes folles
j'ai beau cacher mon désir,
il me submerge. Ah pourquoi 
faut-il que je l'aime autant ?

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Et tu traduis du rap japonais ? :)
Je n'imagine même pas la tâche que ça serait !

Lili a dit…

L'avantage de la poésie médiévale par rapport au rap, c'est qu'elle est beaucoup mieux documentée :-) Même si les formes verbales du bungo semblent parfois étranges, il y a des livres pour expliquer comment elles fonctionnent. Et chaque poème est abondamment commenté (en japonais, et parfois en anglais). Je doute fort de trouver des explications de texte aussi détaillées sur le rap, sa grammaire et son vocabulaire spécifiques. Et puis, à vrai dire, je ne connais pas grand-chose au rap japonais...:-)

Anonyme a dit…

Tu lis des recueils entiers ?

Pour ma part, je ne parle pas du tout japonais. Dès fois je me dis que j'aimerais rien que pour les Haiku, mais l'histoire des registres de langages me glace. :)

Tu es dessinatrice aussi ?

Lili a dit…

Hormis le Hyakunin isshu, je ne lis pas de recueil entier. D'ailleurs, lire est un bien grand mot, c'est plutôt du déchiffrage !
Et non, je ne suis pas dessinatrice.

Concernant les registres de langue, c'est dommage de bloquer là-dessus : pour la poésie, par exemple, ça a peu d'impact. Et puis on peut très bien comprendre le japonais sans les maîtriser complètement (je les identifie, mais je serai bien incapable de les utiliser correctement)

Richard Guerinet a dit…

Comme beaucoup de personnes le désir d'apprendre le japonais me revient périodiquement, et ça commence à faire longtemps car j'ai 35 ans. Malgré ça, je n’ai jamais commencé.

Cette envie n'était plus en moi depuis très longtemps ! Ca m’allait très bien comme ça.
Récemment, par hasard, j’ai commencé à apprendre les Hanzi chinois avant tout pour développer ma mémoire visuelle (pour le dessin). Au final, j’ai trouvé ça plutôt agréable, même si je n’ai pas encore poussé plus loin que 1000 caractères et la lecture de quelques livres en images pour les enfants chinois.
Mais même si j’habite en région parisienne (donc plein de chinois au tour de moi) et que j’ai une bonne amie chinoise, la culture chinoise qu’elle soit traditionnelle ou moderne ne m’intéresse pas du tout. Même leur nourriture ne me plaît pas. Et j’avoue ne pas trop non plus aimer les chinois (mon amie est là depuis 17 ans, ça fait bien longtemps qu’elle ne leur ressemble plus !).
Mais en regardant une énième émission de cuisine japonaise sans toujours rien y comprendre, j’ai commencé à repérer et comprendre sans faire exprès les caractères chinois dans les textes. Et c’est là que le syndrome d’apprentissage du japonais est réapparu.
En plus voir quelqu’un comme toi, qui semble bien maîtriser le français, et qui n’a pas l’air traumatisé par le faite de ne jamais pouvoir s’approprier complètement dans cette langue, ça me fait encore plus réfléchir !

Ah c’est compliqué, ça prend du temps, il y a peu de japonais(es) à Paris et si peu d’opportunités d’aller là-bas hormis en vacances. Tout l’inverse de la Chine !

Bon, je vais laisser reposer ça, et voir si l’envie est encore là dans quelques temps, tout en suivant ton blog.