vendredi 9 septembre 2016

Hyakunin isshu, poème n° 53 : 嘆きつつ

Ce poème d'amour est écrit par une femme 右大将道綱母 (うだいしょうみちつな の はは), réputée être l'une des trois plus belles de son temps. Seconde épouse de 藤原 兼家(ふじわら の かねいえ), elle adresse ce poème à son mari.

嘆きつつ
ひとり寝る夜の
明くる間は
いかに久しき
ものとかは知る

(なげきつつ ひとりぬるよの あくるまは いかにひさしき ものとかはしる)

嘆きつつ : 嘆き est la forme suspensive de 嘆く, se lamenter. つつ indique la continuité et la réitération
ひとり寝る夜の : ひとり, seul, 寝る, dormir (rentai-kei de la forme classique 寝ぬ), 夜, nuit, の est l'équivalent de が.
明くる間は: 明くる est la rentai-kei de 明く, 間, moment, は a un rôle emphatique.  L'ensemble signifie : 夜が明けるまで, jusqu'à ce que le jour se lève.
いかに久しき : いかに sert à interroger sur l'intensité - combien, à quel point ?. La question porte ici sur la durée. 久しき est la rentai-kei de 久しい, qui signifie long, longtemps.
ものとかは知る : もの, "le fait que". 知る, savoir, est une rentai-kei commandée par かは, qui marque l'interrogation rhétorique, voire ironique. と est un と de citation lié à 知る, savoir.

Deux explications sont couramment avancées pour contextualiser ce poème : selon une première source, le mari se serait un jour plaint de la lenteur avec laquelle on lui aurait ouvert la porte lors d'une visite à son épouse ; celle-ci aurait répondu en comparant ce bref moment d'attente avec les longues nuits passées à attendre son époux ; selon l'autre source, le mari aurait commencé à fréquenter une autre femme en délaissant la sienne, qui lui aurait alors envoyé ce poème accompagné d'un chrysanthème fané.
 
Lorsqu'à gémir
je passe seule mes nuits,
jusqu'au lever du jour
sais-tu seulement à quel point
le temps me semble long ?

Index en romaji : nageki tsutsu hitori neru yo no akuru ma ha ikani hisashiki mono to kaha shiru

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