jeudi 22 septembre 2016

Hyakunin isshu, poème n° 55 : 滝の音は

大納言公任 (だいなごんきんとう) est un grand nom de la poésie de son époque, et l'auteur de nombreuses anthologies (c'est lui qui a désigné les "Trente-six poètes immortels"). Il nous permet aujourd'hui de faire une petite pause dans une longue série de poèmes d'amour.

滝の音は
絶えて久しく
なりぬれど
名こそ流れて
なほ聞こえけれ

(たきのおとは たえてひさしく なりぬれど なこそながれて なおきこえけれ)

滝の音は : 滝, la cascade, の marque le complément de nom, 音, son et は marque le sujet (ça fait longtemps que je n'avais pas vu un vers aussi simple à comprendre !) On parle ici d'une cascade artificielle attenante au Daikaku-ji, un temple à l'ouest de Kyoto.
絶えて久しく : 絶え est la renyou-kei de 絶ゆ (絶える en japonais moderne) et signifie cesser ; le -て a la même valeur suspensive qu'en japonais moderne ; 久しく est la renyou-kei de 久し (久しい en japonais moderne) et signifie long, longtemps
なりぬれど : なり est la renyou-kei de なる, qui a le même sens qu'en japonais moderne ; rattaché à 久しく, on retrouve la construction en く+なる de la langue moderne ; ぬれ est la izen-kei de ぬ, qui marque l'accomplissement ; ど est l'équivalent de けれど, mais. En résumé, cela fait longtemps que la cascade a cessé de couler, qu'on a cessé de l'entendre.
名こそ流れて : 名, le nom, la renommée ; こそ est une particule emphatique liée à けれ au vers suivant ; 流れ est la renyou-kei de 流る (流れる en japonais moderne) et signifie couler, s'écouler (pour un cours d'eau, notamment) et ici s'étendre (pour la renommée). La forme en て a la même valeur qu'au dessus.
なほ聞こえけれ: なほ (なお en langue moderne), encore ; 聞こえ est la renyou-kei de 聞こゆ (聞こえる en japonais moderne), qui signifie, entendre, être entendu ; けれ est la izen-kei de けり (due à こそ) et a une valeur exclamative.

La renommée contrant l'impermanence des choses, voilà qui devait plaire à un poète soucieux de laisser son nom à la postérité. Le poème est relativement simple à comprendre. Difficile néanmoins de bien rendre le double sens de 流る (la cascade qui coule / la renommée qui s'étend jusqu'à l'époque du poète) et tout ce que sous-entend 聞こゆ (la cascade que l'on n'entend plus / son nom que l'on entend encore). Je l'ai peut-être déjà dit, et je le redirai sans doute, la traduction est un excellent moyen d'apprendre à tolérer la frustration.

De la cascade
le murmure depuis longtemps 
s'est tu ; pourtant
telle est sa renommée
qu'elle résonne jusqu'à nous

Index en romaji : taki no oto ha taete hisashiku narinuredo na koso nagarete no kikoe kere

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