vendredi 21 octobre 2016

Hyakunin isshu, poème n° 58 : 有馬山

La poétesse du jour s'appelle 大弐三位(だいにのさんみ). Elle est la fille de l'illustre 紫式部, auteur du poème 57.

有馬山
猪名の篠原
風吹けば
いでそよ人を
忘れやはする

ありまやま いなのささはら かぜふけば いでそよひとを わすれやはする


有馬山 : nom d'une montagne de l'actuelle préfecture de Hyôgo, connue pour ses sources chaudes.
猪名の篠原 : 篠原 : 猪名 est le nom d'une rivière et 篠原 désigne un lieu où poussent des bambous (espèce aux tiges minces, pas les grands bambous des forêts de bambous). En l'occurrence, il s'agit ici de la plaine où coule la rivière.
風吹けば : 風, le vent, 吹けば, forme en ば de 吹く, souffler. ば a ici un sens temporel : quand le vent souffle.
いでそよ人を : 人 désigne l'interlocuteur (toi), autrement dit l'homme aimé,  ; いで est une interjection, équivalent de l'intraduisible さあ en langue moderne, et qu'on pourrait traduire ici par une sorte de "eh bien". そよ est l'équivalent de そうですよ。 Il faut relever ici un jeu de mot : そよそよ, c'est aussi le bruit que les bambous font dans le vent (c'est un giongo)
忘れやはする : 忘れ est la renyou-kei de 忘する (= 忘れる, oublier) ; やは et する sont liés l'un à l'autre ; する est la rentai-kei de す (équivalent du moderne する) et やは sert à poser une question ironique : comment pourrais-je t'oublier !?

Voici typiquement le genre de poème qui me pose problème, incompréhensible sans éléments contextuels, avec un jeu de mots intraduisible, amené par trois vers qui semblent n'avoir aucun rapport avec les deux derniers, si ce n'est d'amener le jeu de mots sur そよ... D'après le professeur Mostow, ce poème interviendrait dans le contexte suivant : un amant distant s'étant inquiété d'un éventuel changement d'attitude de sa compagne, celle-ci rétorque qu'il n'en est rien (et que ce serait plutôt à elle de s'inquiéter). Ce qui donne :

Au mont Arima
les bambous de la plaine d'Ina
bruissent au vent...
Ainsi murmure mon amour ;
comment pourrais-je t'oublier ?


Index en romaji : arima yama ina no sasahara kaze fukeba ide soyo hito wo wasure ya ha suru

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