mercredi 5 février 2014

Hyakunin isshu, poème n° 6 : かささぎの

Nous attaquons aujourd'hui le 6e poème du Hyakunin Isshu. Pour comprendre ce poème de 中納言家持 (ちゅうなごんやかもち), il faut connaître l'histoire du bouvier et de la tisserande, une légende chinoise que je vous invite à découvrir ici. Ce qu'il faut retenir, c'est que le bouvier et la tisserande, qui s'aiment d'un amour aussi tendre qu'interdit, ont été séparés par la voie lactée. Néanmoins, une fois par an, le 7 juillet, des oiseaux assez similaires à des pies, se réunissent et étendent leurs ailes pour former un pont permettant aux deux amants de se retrouver. Cette date est célébrée en Chine comme au Japon (tanabata).

鵲の
渡せる橋に
置く霜の
白きを見れば
夜ぞ更けにける

(かささぎの わたせるはしに おくしもの しろきをみれば よぞふけにける)



Quelques explications sur le vocabulaire

鵲 : le かささぎ est un oiseau appelé shama dayal (Copsychus saularis), qui ressemble à une pie. C'est lui qui rassemble ses congénères pour former un pont céleste permettant au bouvier et à la tisserande de se rencontrer.
渡せる : forme de 渡る, traverser.
橋 : pont
置く : placer, mettre, déposer
霜 : givre. Il s'agit ici d'une métaphore : le poète compare les milliers d'étoiles qui brillent dans le ciel à un givre étincelant. C'est aussi le mot qui rattache ce poème au thème de l'hiver. On peut imaginer que le froid inspire cette image au poète qui contemple la voie lactée.
白き : rentai-kei de 白く, ancienne forme de 白い, blanc
見れば : forme en ば de 見る, voir, équivalent ici à 見ると avec le sens de "quand". En bungo la particule ば a un sens temporel ou causal lorsqu'elle suit la izenkei (forme accomplie) d'un verbe, comme c'est le cas ici
夜 : nuit
ぞ: particule emphatique liée à ける
更け : forme de 更ける, être tardif, avancé
に : particule indiquant ici l'achèvement.
ける : rentai-kei de けり, marquant l'admiration, en lien avec ぞ

Je vous propose la traduction suivante :


Sur le pont jeté
Par les pies célestes
Le givre étincelle.
Lorsque je vois sa blancheur,
Comme la nuit me paraît profonde




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