lundi 26 mai 2014

Hyakunin isshu, poème n°11 : わたのはら

L'auteur du poème du jour est Sangi Takamura (参議篁)  ou Ono no Takamura (小野篁), un poète et haut fonctionnaire du IXe siècle, qui connut quelques années d'exil pour s'être attiré la colère de l'empereur. Le poème évoque le moment de son départ en exil.
わたの原
八十島かけて
漕ぎ出でぬと
人には告げよ
海人の釣船

(わたのはら やそしまかけて こぎいでぬと ひとにはつげよ あまのつりぶね)

Quelques explications :

わたの原 : j'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'un champ de coton (綿, coton, se prononce わた) mais cela désigne en fait la haute mer (ça tombe bien puisqu'on parle de bateau ensuite :-) ). わた est ancienne façon de désigner la mer.
八十 : littéralement 80, mais cela signifie  "innombrables"
島 : îles
かけて : forme de かける, avec le sens de "aller vers"
漕ぎ出でぬと : 漕ぐ signifie ramer, faire avancer un bateau en ramant. 漕ぎ出でぬ donnerait en japonais moderne 漕ぎ出した (forme suspensive + 出す = se mettre à ramer). Le ぬ n'est pas ici une négation (comme c'est souvent le cas), mais une forme passée équivalente à la forme en た actuelle. A priori, ce n'est pas le banni qui a commencé à ramer, mais ceux qui sont chargés de l'emmener vers son lieu d'exil. Quant à と、il a ici la valeur de guillemets, c'est le と de citation, à mettre en relation avec 告ぐ.
人には : les gens dont on parle ici sont ceux que l'auteur laisse derrière lui à la capitale, ses proches voire un "être cher". は ajoute une emphase particulière : à ces personnes-là/ à cette personne-là).
告げよ : impératif (en bungo) de 告ぐ, annoncer, informer . L'ordre s'adresse au bateau de pêche.
海人の釣船 : littéralement le bateau de pêche (釣船) du pêcheur (海人).  Le poète envie à ce moment-là la liberté du pêcheur et de son bateau. A noter que la supplique du poète s'adresse au bateau personnifié plutôt qu'au pêcheur lui-même.

Je vous propose la traduction suivante :

On m'emmène au large
vers les îles innombrables.
Va l'annoncer
à ceux que j'aime,
ô barque de pêcheur.

Et pour finir, une version chantée (vous n'êtes pas obligés d'écouter jusqu'au bout !)

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