jeudi 24 juillet 2014

Manuels pour apprendre le chinois

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire à propos du japonais, apprendre une langue avec un manuel est rarement très excitant. Néanmoins, c'est presque un passage obligé lorsqu'on débute, une passerelle vers des supports plus intéressants. Puisqu'il faut y passer, autant en choisir de bons manuels, et si possible plusieurs, car il est toujours utile de multiplier les exemples et de lire plusieurs explications sur le même sujet. De plus, cela donne l'impression de varier. Le seul inconvénient est que cela coûte un peu cher. Quoi qu'il en soit, voici ceux que j'utilise, et ce que j'en pense.

Le chinois comme en Chine de Bernard Allanic


Voici un manuel extrêmement touffu, aux chapitres denses et qui peut sans doute paraître déconcertant au premier abord, dans la mesure où la structure des leçons ne ressort aussi clairement que dans d'autres manuels. Personnellement, c'est justement cet aspect foisonnant qui m'a séduite.
L'auteur a fait le choix de recourir massivement au pinyin dans les premières leçons, tout en introduisant quelques caractères. Alors que je suis très défavorable à l'usage du romaji en japonais, parce qu'il existe des syllabaires faciles à apprendre, je trouve le recours au pinyin assez justifié, parce que ces mêmes syllabaires n'existent pas en chinois. Passer (provisoirement) par le pinyin permet d'accéder plus vite à un vocabulaire plus vaste sans risquer l'overdose de caractères. Cela permet aussi d'introduire ces derniers de manière progressive, en allant des plus simples aux plus complexes. Bien entendu, le pinyin s'estompe au fil des leçons, au profit de caractères toujours plus nombreux.
Les explications sur la prononciation et l'écriture sont très complètes, les explications grammaticales concises et suffisantes à ce niveau, les exercices et les exemples nombreux. Les thèmes abordés sont variés, les dialogues également. Ils sont suffisamment riches pour être intéressants et ne paraissent pas trop artificiels  (comparé au MILEC, sur lequel je reviendrai). Tous les dialogues, ainsi que la plupart des exemples sont enregistrés.Traductions et corrigés ne sont pas dans le livre, mais on peut les télécharger sur le site de l'éditeur : http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=1954

La méthode peut donc être utilisée pour un apprentissage en autodidacte (seuls certains exercices sont manifestement destinés à être faits en classe et ne sont donc pas corrigés). Comme je l'ai dit, les chapitres sont denses, chacun doit donc trouver son rythme pour les absorber. Je trouve qu'il s'agit d'un très bon manuel, beaucoup moins ennuyeux que la plupart de ceux que j'ai pu tester dans différentes langues.

Méthode de chinois premier niveau d'Isabelle Rabut


Moins foisonnant et original que le précédent, mais toujours assez dense. Comme Bernard Allanic, Isabelle Rabut choisit d'utiliser le pinyin, en en faisant pour sa part un usage systématique dans la partie "compréhension orale" de chaque leçon, ce qui me paraît un peu excessif. Si cela se justifie au début, je ne vois aucune raison de maintenir le pinyin en fin de volume.

Les caractères sont introduits dans la partie "compréhension écrite". Ils sont présentés de manière très claire, avec tracé, vocabulaire... En revanche l'ordre d'introduction est moins progressif que chez Allanic, ce qui peut gêner un vrai débutant.

Les listes de vocabulaire, les exemples et les dialogues sont enregistrés en deux vitesses (sauf pour les listes). Là encore, les exercices sont nombreux, les textes un peu plus convenus mais assez riches. Corrigés et traduction sont téléchargeables sur le site de l'éditeur : http://www.asiatheque.com/fr/book/methode-de-chinois-premier-niveau

Il faut noter toutefois que les exercices de la partie "applications orales" ne sont pas corrigés et les dialogues de la partie compréhension orale sont transcrits, mais pas traduits. Personnellement, je ne trouve pas cela très gênant, mais encore une fois, cela peut gêner un vrai débutant. Il s'agit néanmoins d'un livre très complet, à la présentation claire et agréable, tout à fait utilisable en autodidacte.

Méthode d'initiation à la langue et à l'écriture chinoise (MILEC) de Jöel Bellassen


Egalement surnommée "le petit livre jaune", la méthode semble avoir un indéniable succès. Pourtant, je me demande bien ce qu'on lui trouve. Comparée aux deux précédentes, elle est pauvre et beaucoup moins bien faite. Les explications de grammaire y sont si succinctes qu'elles sont pour ainsi dire inexistantes. Il est donc indispensable d'avoir à ses côtés, soit un professeur, soit un autre livre. De même, la méthode ne contient aucun exercice. Les exercices, et les explications grammaticales complémentaires, se trouvent dans un autre livre, Chinois mode d'emploi. L'ennui, c'est que cela oblige à acheter deux livres au lieu d'un pour avoir une méthode complète. Et ne croyez pas qu'ils soient moins chers pour autant !

Par ailleurs, Joël Bellassen fait le choix de se passer complètement du pinyin. C'est noble. Le problème, c'est que cela limite un peu le vocabulaire utilisable dans les premières leçons, d'où des dialogues limités et très artificiels. De plus, il n'y a guère de progressivité dans la façon d'introduire les hanzi. Dernier reproche, les "versions boule-de-neige", qui réutilisent les hanzi déjà appris, ne sont pas traduites, alors que tous les autres textes le sont. On se demande bien pourquoi...

Quelques points positifs tout de même : les textes intercalaires, malheureusement peu nombreux, sont plus intéressants. Le DVD contient des suppléments amusants. Il permet en outre de réécouter les dialogues à une vitesse plus proche de la normale.

En résumé, je ne conseille pas vraiment le MILEC pour travailler en autodidacte. Même pour travailler avec un professeur, on peut trouver plus passionnant. Bref, c'était sans doute le meilleur manuel à l'époque où il n'y en avait pas d'autres. Je pense qu'il y a désormais beaucoup mieux.

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Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. J'espère que ces avis seront utiles à ceux qui veulent se lancer dans l'apprentissage du chinois, seuls ou accompagnés.再见!

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Je laisse juste un petit commentaire, parce que je pensais me mettre au chinois d'ici peu, après avoir atteint mes objectifs en japonais.
Je me disais que j'étais le seul à avoir eu cette idée délirante, et en lisant cet article je me sens un peu moins seul.
J'ai juste été un peu déçu parce que je voulais en savoir un peu plus sur l'auteur de ce blog (parcours, situation actuelle) et j'ai été un peu déçu de ne pas trouver d'info.

Sur ce bon courage, et amusez-vous bien dans vos études. Je me délecte déjà des moments de souffrance que je vais imposer à mon coloc chinois ^^.

Lili a dit…

Je pense qu'il y a plus de gens qu'on ne croit qui apprennent à la fois le chinois et le japonais (d'autres apprennent le japonais et le coréen). En tout cas, c'est une idée ambitieuse mais tout à fait cohérente, car ce sont deux langues et deux cultures sœurs, même si l'histoire les a dramatiquement opposées.

Concernant mon parcours, c'est hypokhâgne puis Sciences Po Paris, très loin des langues orientales. Ce n'est qu'à la fin de mes études que j'ai commencé à apprendre, pour le plaisir, des langues étrangères d'abord européennes (espagnol longtemps, italien, très peu de temps) puis orientales. J'ai fait plusieurs aller-retours entre le chinois et le japonais, avant de me stabiliser sur le japonais en 2009. Je me suis remis au chinois fin 2013.
Concernant ma situation actuelle, qu'est-ce que tu aimerais savoir ?

En tout cas, tu peux aussi en apprendre plus sur moi en lisant cette page

Si tu as des questions, n'hésite pas !

Anonyme a dit…

Bonjour,

et merci pour la réponse.

Sur votre situation actuelle j'aurais voulu savoir si vous vivez/avez-vécu au japon. Si vous avez un travail en rapport avec le Japon ou pas. Et quel est votre niveau de japonais, si vous avez un niveau de JLPT ou si comment vous évalueriez votre niveau.

Pour ma part mon intérêt pour le chinois remonte au moment où j'ai décidé d'apprendre une langue orientale et où l'histoire des tons m'a poussé vers le japonais. Mais aujourd'hui, atteignant mes objectifs en japonais, et commençant à être imprégné de kanjis je pense au chinois comme prochaine étape.

Voilà pour la petite histoire, pour moi ça fait sens mais je n'ai pas rencontré de profil comme le mien ce qui me pousse à remettre en cause mes choix.

Bonne journée

Lili a dit…

Je n'ai jamais vécu au Japon, j'y ai seulement fait deux voyages touristiques d'un mois chacun (même chose pour la Chine). Mon travail n'a strictement rien à voir, ni avec le Japon, ni avec la Chine. Mon niveau est très inégal selon les compétences : proche de 0 en expression orale (car aucune pratique), très moyen en expression écrite, assez bon en compréhension écrite, intermédiaire en compréhension orale. Je pense que je pourrais répondre à la plupart des questions d'un JLPT 2, mais pas dans le temps imparti (je comprends les textes de ce niveau, mais pas à la vitesse demandée). De toute façon, le JLPT est un test très incomplet puisqu'il ne concerne que la compréhension, et pas l'expression (il faut néanmoins un très bon niveau pour valider les niveaux 1 et 2).

Quelle votre situation et votre parcours à vous ? sur quoi exactement porte votre questionnement actuel ?

Anonyme a dit…

Mon parcours, je suis diplômé de master en économie et statistique et j'ai travaillé 1 an en VIE, après cela je suis venu au Japon. J'étudiais déjà le japonais en parallèle de mes études et de mon travail. Cependant je n'ai pas passé de JLPT. Aujourd'hui, je suis au Japon j'approfondis ma connaissance de la langue en étudiant.

Mon questionnement porte sur le fait que je suis en train d'étudier le japonais et que, quand je rentrerai en Europe les recruteurs me demanderont ce que j'ai fait pendant 1 an.

Ne suis-je pas en train de faire un investissement inutile de temps, d'effort et d'argent ?

Je suis en train d'écrire sur une place publique je ne m'étendrais donc pas trop mais je crois que c'est une question légitime.

Bonne journée

Lili a dit…

C'est un questionnement totalement légitime, mais sur lequel je ne peux guère vous aider, car cela relève plus de l'orientation professionnelle que de l'apprentissage de la langue. Et en matière d'orientation professionnelle, moi qui ai agi au petit bonheur la chance, je ne suis pas franchement une référence. Et dans mon cas, l'apprentissage des langues est complètement déconnecté de tout objectif professionnel.

Je pense qu'en même qu'une expérience d'un an à l'étranger devrait avoir de la valeur auprès d'un employeur doté d'un minimum d'intelligence, puisqu'elle démontre une bonne capacité d'adaptation, de la mobilité (très à la mode), sans parler de la compétence linguistique elle-même (il serait peut-être utile pour la faire valoir de passer un JLPT)... Je ne pense pas que cela compte pour des prunes, mais je ne sais évidemment pas ce qui est recherché dans votre domaine.

Bon courage