jeudi 19 mai 2016

Revue de mooc : Visualizing Japan

L'année 2016 aura été pour moi l'année de découverte des mooc. Jusqu'à présent, j'en avais entendu parler sans jamais essayer. Depuis, je me suis inscrite à plus de mooc que je ne peux raisonnablement en absorber, mais s'inscrire est encore le meilleur moyen de s'assurer l'accès à un cours lorsque celui-ci est limité dans le temps. Même si on ne rend pas les "devoirs" à temps, on peut toujours profiter du contenu. Sur les plate-formes comme Edx ou Coursera, beaucoup de cours sont de toute façon "self-paced", c'est-à-dire qu'on peut les suivre à son rythme, et c'est très bien comme cela.

Si les sujets qui m'intéressent sont assez divers (du comportement animal aux trous noirs en passant par l'histoire, la musique et la linguistique), j'ai évidemment tenté de mettre la main sur des cours relatifs à la langue japonaise (en vain) ou au Japon. En français, rien. En japonais, le choix n'est pas immense, surtout si l'on cherche des cours en rapport avec le Japon (et non des cours sur la psycho ou le management).

Restent les mooc anglophones, et là, il y a de quoi faire. Aujourd'hui, je vais vous parler de Visualizing Japan sur la plateforme edX. Fruit d'une prestigieuse collaboration entre Harvard et le MIT, ce mooc traite de trois moments de l'histoire du Japon au travers de documents visuels (estampes, affiches, photos, cartes postales, publicités). Sont successivement évoqués l'arrivée des kurofune et du commodore Perry (1853), le soulèvement d'Hibiya (1905) et l'émergence d'un cosmopolitisme chic dans l'entre-deux guerres, incarné par la société Shiseido.

Le cours est bien présenté et très agréable à suivre. Les points abordés peuvent paraître limités au premier abord, mais leur examen très minutieux permet de brosser un portrait en creux de toute la société japonaise, de 1850 à la guerre. Même si j'avais déjà quelques connaissances à propos des kurofune (cf. la série sur le bakumatsu), j'ai appris une foule de détails supplémentaires (le rôle de l'industrie baleinière, les cadeaux apportés par les américains et la façon dont les japonais en ont tiré parti, l'image que les deux parties se faisaient l'une de l'autre, etc). Le cours m'a aussi permis de faire le lien entre cet épisode et le développement de l'impérialisme japonais quelques décennies plus tard.

Sur les deux autres sujets, j'avais tout à apprendre ou presque. Je ne savais rien des luttes sociales du début du XXe siècle, le Japon n'étant pas un pays que l'on associe spontanément aux concepts de socialisme et de luttes ouvrières. Le professeur Gordon montre que le soulèvement d'Hibiya (soulèvements urbains après les accords de paix russo-japonais en 1905) marie étrangement soutien à l'impérialisme et aspiration à plus de démocratie, et qu'il prélude à l'éclosion d'un mouvement ouvrier et paysan qu'on retrouve dans l'entre deux-guerres. La présentation n'a rien de magistrale et c'est l'un des intérêts majeurs de ce mooc : observer des documents visuels et comprendre le parti que l'on peut tirer de leur analyse, éventuellement en les confrontant à d'autres sources.

La même analyse, réalisée cette fois sur les archives publicitaires du célèbre groupe de cosmétiques Shiseido, permet de dresser le portrait d'une partie de la société des années 20, celle d'un Japon chic, cosmopolite et très occidentalisé. Au-delà, elle permet d'aborder la question de la condition féminine, de la place du Japon sur la scène artistique mondiale, de sa capacité à assimiler et à créer des codes et des modes.

L'ensemble se termine par une intéressante réflexion sur le cheminement du Japon et des japonais vers un impérialisme agressif et vers la guerre.

Globalement, ce mooc est riche et attrayant, mettant à disposition quantité d'images passionnantes, qui permettent d'appréhender visuellement cette période (excellent pour la mémoire). Il est désormais accessible de manière continue (self-paced). Une bonne partie du contenu est également consultable sur un site du MIT (notamment Black ships and samurai, Hibiya riot, Shiseido). Je recommande à tous ceux qui ne sont pas allergiques à l'anglais d'aller y faire un tour.

2 commentaires:

Bidib Ma petite Médiathèque a dit…

merci pour l'info, ça l'air intéressant je vais allaer voir ça de plus près

Lili a dit…

Oui, je t'encourage à y aller dès que le mooc sera réouvert. Il y a une suite faite par l'université de Tokyo sur l'après-guerre, qui n'a pas l'air mal non plus.
A part ça, ça va ? Ça fait longtemps qu'on n'a pas échangé de nouvelles !