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mercredi 5 juillet 2017

Panier de mangas pour les vacances

Aujourd'hui, un petit bilan sur quelques mangas lus récemment. Il ne s'agit pas nécessairement des dernières nouveautés (certains sont même assez anciens), mais la plupart méritent un coup d’œil, voire plus si affinité.




Le dernier envol du Papillon (Kan Takahama- Glénat - One Shot)

Ce beau seinen a pour cadre Maruyama, quartier des plaisirs de Nagasaki. Dans cette ville singulière, sujette aux tensions qui marquent la fin d'Edo (l'intrigue débute manifestement après l'arrivée des Kurofune et s'achève après la guerre de Boshin), nous suivons Kicho, courtisane de luxe dont se révèlent peu à peu la générosité et l'abnégation. Son destin tragique reflète celui de toutes ces femmes adulées et prisonnières dont les services se monnayaient fort cher dans les bordels des grandes villes. Tout en retenue, empreint de cette touchante mélancolie que les Japonais appellent mono no aware, le propos et le dessin confèrent aux courtisanes force et dignité.



Reine d'Egypte (Chie Inudô - Ki-oon - 2 tomes parus en France)

Pour être sincère, je trouve la couverture de Reine d'Egypte un peu tape-à-l'oeil et les yeux démesurés d'Hatchepsout ont failli me faire fuir. Chihayafuru m'ayant fait le même effet il y a quelques années, j'ai appris qu'il est parfois bon d'aller au-delà de l'impression laissée par la couverture. C'est bien le cas ici : cette princesse qui ne veut pas se laisser enfermer dans son rôle de femme m'est bien vite devenue sympathique et le voyage dans l'Egypte ancienne est plutôt réussi. Je pense donc poursuivre la série, dont le rythme de publication paraît d'ailleurs peu soutenu.



Chiisakobé (Minetarô Mochizuki - Lezard Noir - 4 tomes)

Chiisakobé, c'est d'abord un dessin limpide, épuré, avec des cadrages surprenants et expressifs. On découvre ensuite des personnages attachants, émouvants, énigmatiques dans leur façon d'agir, de parler ou plutôt de ne pas parler. Car Chiisakobé est un manga taiseux : les paroles y sont rares et essentielles, l'image exprimant tout ce que les mots taisent. Quant à l'histoire, c'est celle d'une famille qui se constitue, de jeunes gens qui s'accomplissent, d'une entreprise qui se reconstruit et d'enfants qui trouvent un foyer. L'ensemble est assez lumineux et rappelle en cela Anjin-san, une autre publication du Lézard noir, sans avoir toutefois la même aura.



Maki, Rumi et Chii, ma vie de famille (Osamu Tezuka - Black Box - One shot)

Osamu Tezuka nous donne ici un aperçu de sa vie de père de famille, flanqué de trois marmots au caractère bien affirmé (comme celui de leur maman). C'est drôle, sympathique et délicieusement vintage.



Sans aller à l'école, je suis devenu mangaka (Shôichi Tanazono - Akata - One shot)

Voilà l'histoire autobiographique et très émouvante d'un jeune garçon atteint d'une insurmontable phobie scolaire. C'est grâce au dessin et à une rencontre salvatrice avec Akira Toriyama (Dragon Ball) que le garçon va pouvoir renouer avec une estime de soi et une vie sociale "normales". J'ai été très touchée par cette histoire, cette fragilité et cette volonté de montrer qu'un chemin est toujours possible.



Gon (Masashi Tanaka - réédition chez Pika - 7 tomes)

Voilà un manga sans une ligne de texte (sauf le bonus final), qui oblige donc à un décryptage plus approfondi de l'image. Pour moi qui ai souvent l'impression de lire trop vite et de ne pas accorder au dessin toute l'attention qu'il mérite, c'est un bon exercice. Gon est un petit dinosaure peu commode à la force prodigieuse. Ses rapports avec les autres animaux (lions, castors, aigles, ours...) vont de l'affrontement direct à la fraternité en passant par des formes d'imitation / émulation plutôt conflictuelles. C'est assez original, le dessin est dynamique, parfois saisissant, et non dépourvu d'humour. Autant que je puisse en juger à la lecture des deux premiers tomes, c'est plutôt réussi et beaucoup moins enfantin que ne laisse penser la couverture.




Bungo stray dogs  (Kafka Asagiri & Sango Harukawa - Ototo)

Doter des personnages de noms d'écrivains classiques est une idée originale qui m'a fortement incitée à m'intéresser à Bungo stray dogs. Mais j'ai refermé le 1er volume avec un sentiment de "so what ?". Certes le principe est amusant : voir Akutagawa lancer un jutsu "Rashômon" m'a même arraché un franc sourire. Néanmoins, toutes ces références littéraires restent artificiellement plaquées sur une histoire qui n'a strictement rien à voir et qui part sur des bases assez banales. Bref, sans y être définitivement hostile, je ne suis pas sûre d'avoir envie d'investir dans la suite de la série. J'ai tort ?


Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. A côté de cela, je reste fidèle à Barakamon, au Chef de Nobunaga, à One Piece, Black Butler et j'en passe. J'attends impatiemment la suite du Disciple de Doraku et désespérément celle de Silver Spoon. それでは、また。
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jeudi 24 novembre 2016

Au coeur de Fukushima - manga de Tatsuta Kazuto

いちえふ (1F) est le petit nom donné à la centrale Fukushima Dai-ichi (福島第一). C'est aussi le nom du manga de Tatsuta Kazuto (竜田一人), un mangaka tokyoïte qui a travaillé au démantèlement de la centrale de Fukushima. Sous-titré 福島第一原子力発電所労働記 (journal d'un travailleur à la centrale de Fukushima Daiichi), le manga livre de façon très factuelle le parcours de Tatsuta depuis son embauche jusqu'à sa participation effective au démantèlement.

Tatsuta offre un récit extrêmement détaillée de son expérience, donnant un aperçu de la vie de ces hommes et de leurs difficultés quotidiennes (jungle des sous-traitants, lourdeur des procédures, chaleur insupportable sous les combinaisons, embouteillages aux contrôles de sortie... sans oublier le nez qui gratte sous le masque !). Si l'auteur ne cache rien de la pénibilité de ce travail, ce n'est pas pour geindre ou se faire plaindre. Domine au contraire une impression de fierté vis-à-vis du travail accompli, de chaleur humaine et de solidarité entre ces hommes qui ne perdent pas le sens de l'humour malgré le danger, le stress et les enquiquinements.

Surtout, Tatsuta s'abstient autant que possible de livrer son propre jugement. On devine simplement, à quelques réflexions glissées ça et là, qu'il est profondément agacé par les médias, qu'il accuse de raconter tout et n'importe quoi sans avoir mis un pied dans la centrale. Il semble rejetter l'alarmisme des anti-nucléaires (c'est du moins mon impression).

On peut se demander quelles sont les motivations de ces hommes qui prennent des risques considérables pour démanteler le monstre. Il y a certes les locaux, qui voudraient que leur région redevienne habitable et qui n'ont plus d'emploi. Mais on trouve aussi parmi les travailleurs des types venus de tout le Japon. Certains sont motivés par l'appât du gain, les travaux les plus dangereux étant bien payés. Mais comme l'observe justement Tatsuta, beaucoup de jobs périphériques mais indispensables (pompistes, contrôleurs de radiations des véhicules, livreurs d'eau, etc) exposent ceux qui les pratiquent pour de faibles salaires. Outre la nécessité pour nombre d'entre eux d'avoir un emploi, il existe manifestement des motivations de l'ordre du "devoir". Tatsuta, en tant que tokyoïte, a consommé l'électricité de la centrale et se sent redevable. Au-delà, il y a le sentiment qu'il faut bien que quelqu'un fasse le job. De nombreuses banderoles, fabriquées par les écoliers de la région ou autre, encouragent les travailleurs et traduisent la reconnaissance de la population.

On peut également s'interroger sur leur degré de conscience du risque. Chaque travailleur prend toutes les précautions nécessaires, se soumettant sans broncher aux lourdes procédures de protection et de contrôle. Chacun garde à l'esprit quelques doutes sur les possibles truandages (manipulation des dosimètres par des sous-traitants malhonnêtes, par exemple). Néanmoins, le respect des procédures leur donne l'impression de se préserver, et de contrôler le risque par l'information (nous sommes informés, nous faisons ce qu'il faut, donc ça ira). Il y a donc bien conscience du danger, mais pas volonté de sacrifice (dans les hommes que Tatsuta donne à voir, en tout cas).

Quelle est la part de réalité dans cette "maîtrise du risque" ? La part d'illusion ? Les équipements sont-ils corrects, les doses maximales sûres, les données justes, le risque contrôlable ? Difficile à dire, l'information sur le nucléaire étant particulièrement propice à la manipulation. Vu d'ici, faire un tant soit peu confiance à Tepco et à ses sous-traitants paraît naïf, mais le choix de ces hommes inspire aussi le respect.

Quoi qu'il en soit, il se dégage du manga de Tatsuta un certain optimisme qui doit réjouir les pro-nucléaires japonais. Si l'on comprend son désir de voir revivre la région, on peut légitimement s'interroger sur ce qu'il n'évoque pas ou si peu : le sort des fûts d'eau contaminée stockés à la merci du prochain tsunami, le stockage des tonnes de terre radioactive raclée pour "décontaminer". Aujourd'hui, on incite les habitants à revenir au plus vite reprendre une vie "normale", dosimètre au cou, jouant sur leur nostalgie, au mépris de leur santé et de leurs inquiétudes. On joue également sur le sentiment de devoir pour promouvoir dans tout le Japon les produits agricoles de Fukushima. Gommer l'accident, relancer l'économie, c'est la priorité. Un scientifique japonais a même prétendu que les radiations n'affectaient pas les gens souriants ! En cas d'accident nucléaire (si si, cela peut arriver, même en France), nous serons mangés à la même sauce. Alors vous savez ce qui vous reste à faire : sourire de toutes vos dents !

Si le sujet vous intéresse, je vous recommande la lecture de Franckushima, un livre très complet et joliment illustré sur Fukushima et le risque nucléaire... dans notre beau pays.
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mardi 15 septembre 2015

De Hiroshima à Fukushima, de Marc Petitjean


http://www.lalibrairie.com/tous-les-livres/de-hiroshima-a-fukushima-le-combat-du-dr-hida-face-aux-ravages-dissimules-du-nucleaire-petitjean-m-9782226312716.html

Marc Petitjean a réalisé en 2006 Blessures atomiques, un documentaire racontant le parcours du docteur Hida. Cet hibakusha (被爆者:rescapé des bombes atomiques larguées par les Américains sur Hiroshima et Nagasaki) se bat depuis des décennies pour améliorer le sort de ses semblables et faire reconnaître l'effet dans le temps des radiations à faible dose. Après Fukushima, le réalisateur a éprouvé le besoin de retourner auprès du docteur Hida pour évoquer avec lui la situation des habitants de la région de Fukushima. Il en résulte un livre, que je vais évoquer aujourd'hui, et un second documentaire, en cours de préparation.

Si la majeure partie du livre est consacré à Hiroshima et au parcours du docteur Hida, Marc Petitjean met l'accent sur les similitudes entre les deux catastrophes. Première similitude, la dissimulation de l'information. Après Hiroshima, les Américains accumulent des données scientifiques en auscultant les irradiés directs (sans leur apporter aucun soin), mais ne transmettent pas leurs conclusions aux médecins japonais. Il y a bien au contraire une censure totale sur les conséquences de la bombe, et un déni complet de l'effet a posteriori de la radioactivité (ces aspects sont très bien illustrés dans Gen d'Hiroshima). De même, après Fukushima, l'information est dissimulée, et le risque lié aux radiations internes niés : on relève le seuil annuel de radioactivité acceptable, on déplace des troupeaux pour disséminer le risque sur l'ensemble du territoire japonais, on instrumentalise la lutte anti-terroriste pour placer le nucléaire civil sous secret d'état.

Autre similitude, la situation des personnes irradiées : certaines doivent vivre avec un corps amoindri (syndrôme du bura-bura) ou dans la crainte de la maladie (les leucémies et autres cancers peuvent mettre plusieurs années à se déclarer). D'autres doivent affronter le rejet : comme les hibakusha autrefois, les personnes qui ont choisi de quitter Fukushima sont parfois ostracisées, au point de préférer retourner dans leur région d'origine, à leurs risques et périls. Se marier, avoir des enfants, vivre une vie normale n'a plus rien d'évident pour les personnes susceptibles d'avoir été irradiées.

Similitude encore, le combat engagé contre l'Etat, pour les hibakusha, et contre Tepco (encore l'Etat, d'une certaine manière) pour les habitants de Fukushima : combat pour que les souffrances soient reconnues, les responsabilités admises, et les victimes indemnisées. Combat pour briser le déni : déni des acteurs économiques et politiques qui veulent tourner la page, pour que le nucléaire reprenne pleinement sa place.

Marc Petitjean montre l'acharnement du docteur Hida à soigner, à comprendre, à faire savoir. A travers cette figure exceptionnelle, il met en lumière des aspects méconnus du bombardement d'Hiroshima, que vainqueurs, mais aussi vaincus, ont trop souvent voulu ignorer. Qu'il s'agisse du passé ou du présent, ce livre est un excellent moyen de ne plus fermer les yeux.

PS : si ce thème vous intéresse, regardez Hiroshima mon amour et Pluie noire.
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mardi 30 juin 2015

Petite liste d'anime, à regarder... ou pas !

Etant une mère de famille responsable, salariée de surcroît, cherchant par ailleurs à maintenir une vie intellectuelle riche et variée, je ne passe pas mon temps à regarder des anime. Mais j'aime avoir mon petit épisode quotidien, comme un dessert bien mérité. A la fin de chaque série me vient cette question cruciale : "qu'est-ce que je vais bien pouvoir regarder maintenant ?".  Comme je ne dois pas être la seule à me poser ce genre de question, voici une petite liste de ce que j'ai regardé en 2014-2015 (à l'exclusion des séries au long cours type Naruto ou One Piece), avec quelques commentaires succincts.

Ceux qui méritent d'être vus


Genshiken : j'y ai consacré un article complet
Arakawa under the bridge : j'aurais dû y consacrer un article complet, mais j'ai eu la flemme :-). Un anime drôle et original sur une belle bande de timbrés vivant sous un pont, avec des personnages plutôt attachants, parfois poétiques, malgré (ou grâce à) leur caractère loufoque.
Chouyaku hyakunin isshu: Uta koi
Chouyaku hyakunin isshu: Uta koi
Chouyaku hyakunin isshu: Uta koi
Chouyaku hyakunin isshu: Uta koi
chouyaku hyakunin isshu: uta koi
chouyaku hyakunin isshu: uta koi
chouyaku hyakunin isshu: uta koi
chouyaku hyakunin isshu: uta koi
Chouyaku hyakunin isshu: Uta koi
Chouyaku hyakunin isshu: Uta koi
Chouyaku hyakunin isshu, uta koi : anime basé sur des poèmes d'amour du Hyakunin isshu, avec juste ce qu'il faut d'humour. Pour ceux qui veulent goûter à la poésie japonaise sans faire trop d'efforts.
Akagi: plongée dans l'univers du mahjong et des tripots mafieux. Le cara-design est très spécial, le personnage principal plutôt original. On se surprend à se passionner pour des parties de mahjong auxquelles on ne comprend rien (sauf à bien connaître le jeu) grâce au charisme du héros. Le dernier match est un peu glauque et traîne en longueur mais dans sa globalité l'anime est suffisamment original pour mériter le coup d'oeil.
Cross game: il s'agit cette fois de base-ball, extrêmement populaire au Japon, comme chacun sait. C'est aussi une histoire de deuil (sans larmoiement) qui voit évoluer les rapports des personnages  avec une disparue (et aussi entre eux, bien sûr). Outre que l'humour est présent en dose suffisante, l'anime vaut par le caractère très fouillé de ces personnages, y compris des personnages secondaires, très attachants.
Gintama : là, on peut difficilement vanter le caractère fouillé des personnages et la finesse psychologique du scénario. Ne connaissant pas le manga, j'ai hésité à regarder cet anime qui mêle allègrement bakumatsu et aliens, mais j'aurais eu tort d'y renoncer. Car avec ses personnages caricaturaux et son shinsengumi complètement revisité, Gintama me fait souvent sourire et parfois franchement rire. Il faut certes aimer le second, voire le troisième degré, mais si l'on ne se prend pas trop au sérieux, il y a de quoi passer un bon moment.
Hataraki man : contrairement à ce que laisse penser le titre, l'anime est centré sur un personnage féminin, une journaliste passionnée par son travail au point d'en sacrifier sa vie privée. Assez brève, la série explore le monde du journalisme et de l'édition, du travail à la japonaise et plus globalement de l'attitude de gens face au travail (implication, recul, motivations, besoin de reconnaissance...). Un thème qui change un peu, abordé de manière plutôt intelligente et mature (c'est un seinen).
Hanada shônen-shi :  Ichiro est un garçon insupportable qui enchaîne les bêtises entre deux fessées. Suite à un accident où il frôle la mort, il hérite d'une capacité bien embarrassante, celle de voir les défunts coincés dans les limbes par des désirs inaccomplis. Bon gré, mal gré, Ichiro va devoir les aider à accomplir leurs dernières volontés. Certains épisodes sont un peu mièvres, mais la plupart sont assez drôles, servis par une galerie de personnages cocasses et pittoresques.

Ceux qui sont sympathiques


Ano hi mita hana no namae o bokutachi wa mada shiranai : titre interminable pour cet anime centré sur le deuil. Un jeune garçon est visité par le fantôme envahissant et attachant d’une amie morte quelques années auparavant. Cette présence inopinée va l'amener à renouer avec d'anciens camarades, séparés par ce deuil et par diverses rancœurs.
Bamboo beat : on découvre avec cet anime le monde du kendo. Petite originalité, les personnages principaux (le plus doué) sont des filles et les garçons passent au deuxième, sans qu'on bascule dans la mièvrerie. Rien d'extraordinaire, mais sympathique.
Chu bra : voilà un anime consacré aux... sous-vêtements, ce qui en fait l'originalité et le principal intérêt, qui est plutôt d'ordre sociologique. C’est un anime clairement destiné aux jeunes filles qui se posent des questions sur leur féminité, et qui laisse à penser que parler de sous-vêtements est assez tabou au Japon. L'intrigue a en revanche bien peu d'intérêt.
Diamond dust: 6 histoires de femmes ou de jeunes filles, plus ou moins réussies. Deux d'entre elles sont assez mièvres, d'autres un peu plus fines, globalement, ça se laisse regarder.
Doujin work : là, on est clairement dans la caricature, mais comme la série est courte, on n'a pas trop le temps de s'en lasser. Certains passages sont très drôles, d'autres beaucoup moins. Cela a au moins le mérite de faire connaître le milieu très particulier du dôjin.

Ceux qu'il vaut mieux éviter 


Bakumatsu Kikansetsu Irohanihoheto : énième anime sur le bakumatsu, et pas la plus réussie. On retrouve Sakamoto, le Shinsengumi, … là, comme souvent d’ailleurs, l’histoire est mâtinée de surnaturel. L’originalité réside dans l’utilisation - légère - du monde du Kabuki. Mais ça se prend bien trop au sérieux pour ce que c'est.
Dennô coil : sur le papier, le thème est plutôt séduisant, puisque l'anime traite de la réalité augmentée et des effets pervers d'une sorte de Google glass. Pourtant, malgré la présence de quelques éléments comiques (la grand-mère), l'intrigue tarabiscotée devient vite ennuyeuse. Je suis allée au bout, mais sans enthousiasme.

****

Bien entendu, il s'agit d'appréciations personnelles. A chacun de se faire son opinion. Par ailleurs, si vous avez des suggestions, n'hésitez pas !

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jeudi 9 avril 2015

A vos papilles !





















Il y a un an environ, je vous avais vanté les mérites de Geonbae, ce manhwa de Kim Young-bin et Hong Dong-kee, consacré aux alcools traditionnels coréens. A vos papilles  (2 tomes chez Clair de Lune), qui se présente comme un "voyage culinaire en Corée", est en quelque sorte le plat d'accompagnement de Geonbae. Car un bon alcool ne va pas sans de bons petits plats !

Synopsis


Il n'y a pas à proprement parler d'histoire, mais plutôt une succession de scènes souvent cocasses dont le fil rouge est la cuisine coréenne. On retrouve les personnages de Geonbae (l'ensemble a lieu pendant le tournage du documentaire de Tae-Gyeong) et l'on découvre de manière plus approfondie leur entourage. A vos papilles nous invite effectivement au voyage, à travers la Corée, mais aussi dans le temps : car les saveurs éveillent les souvenirs, et les madeleines de Proust sont nombreuses dans ce manhwa.

Commentaires


N'aimant guère les plats très relevés, j'ai jusqu'à présent évité les restaurants coréens. Mais A vos papilles a éveillé ma curiosité : difficile de ne pas avoir envie de goûter ces plats qui suscitent tant d'enthousiasme chez Tae-Gyeong.

Au-delà de la cuisine, le manhwa donne aussi un aperçu de la société coréenne et de son évolution : les traditions que les jeunes aiment retrouver en famille, mais qu'ils connaissent moins bien ; les bons petits plats de maman, dont Tae-Gyeong et sa colocataire sont friandes, sans savoir les cuisiner ; et aussi la place de la mal-bouffe ; car si les deux filles aiment les bons petits plats, elles ne renient pas les plaisirs industriels.

On constate aussi le poids de ces mêmes traditions : la pauvre colocataire de Tae-Gyeong, qui approche de la trentaine sans être mariée, subit de la part de sa famille une pression aussi affectueuse qu'insupportable.

Au-delà de l'intérêt culturel du livre, on appréciera, comme dans Geonbae, l'humour bien présent et des personnages aussi sympathiques que goinfres.

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Juste deux mots pour finir : Bon appétit !


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vendredi 20 mars 2015

Lire des manga en japonais (2)

Il y a deux ans, j'avais publié sur ce thème un article apparemment fort consulté. Néanmoins, je suis restée de nombreux mois sans vraiment lire de manga, me concentrant plutôt sur la presse, des textes sur l'histoire du Japon et sur la poésie, surfant beaucoup sur le web japonais pour trouver des informations, et utilisant de plus en plus souvent des dictionnaires monolingues. Tout en continuant à regarder des anime, lesquels ont un rapport plus direct avec les manga en terme de registre de langue. Récemment, je me suis remise à lire des manga et j'ai eu l'impression fort agréable d'avoir bien progressé.

Retour d'expérience sur les lectures récentes


On peut séparer en deux catégories mes dernières lectures : les manga dont je connais déjà l'histoire pour l'avoir vue en anime ou lue en VF, et ceux dont je ne connais pas l'histoire.

Dans la première catégorie, afin de varier les sujets sans y laisser ma bourse, j'ai adopté une stratégie consistant à lire le 1er volume de plusieurs séries. J'ai donc lu les premiers volumes de Chi, One Piece, Fullmetal Alchemist, Détective Conan, Silver spoon, Naruto (3 volumes pour ce dernier, que j'avais ramenés du Japon il y a fort longtemps).

Dans la seconde catégorie, j'ai lu le 1er volume de となりの関くん (Tonari no seki-kun), plusieurs chapitres de divers manga parus dans la revue もっと, les deux premiers volumes de 日本人の知らない日本語, et aussi plusieurs volumes de 信長のシェフ, le Chef de Nobunaga (après avoir lu les deux premiers tomes en français ; j'en suis au tome 7).

Bien évidemment, il est plus facile de lire un manga dont on connaît le scénario, et c'est sans doute préférable quand on débute. C'est de plus un vrai plaisir de retrouver une histoire qu'on aime dans son jus original. Parmi les titres de la premières catégorie, Chi est incontestablement le plus simple, même si les déformations langagières de Chi (elle zozotte en VF) ne sont pas toujours évidentes à saisir. Il est suivi par One Piece, dont la principale difficulté est d'être très oral, mais cela me gêne moins qu'avant. Fullmetal Alchemist et Détective Conan sont un peu plus verbeux (plus de choses à lire et à comprendre, donc), mais rien d'insurmontable. Silver spoon ne pose pas beaucoup plus de difficultés, si ce n'est qu'il faut chercher le vocabulaire agricole. Je trouve en revanche Naruto plus difficile, probablement parce que ça me saoule de lire les encarts sur la circulation du chakra et la géopolitique de Konoha en petits caractères bien tassés.

Lire des manga que l'on ne connaît pas est un poil plus difficile mais moins que je le croyais (c'est pour cela que je considère que j'ai progressé). J'ai pu lire となりの関くん sans abuser du dictionnaire (et sans traduction sous la main, à ma connaissance, ce n'est pas traduit en français). Pour 日本人の知らない日本語, j'ai eu plus souvent recours au dictionnaire, parce que les sujets traités sont assez variés, mais quand je me souviens du découragement qui m'avait saisie en l'ouvrant il y a un ou deux ans, je suis bien contente. Il s'agit dans les deux cas de manga assez drôles, et c'est plutôt plaisant de rire parce qu'on a compris une blague en japonais. C'était plus compliqué avec les séries de la revue もっと : prendre une série en cours sans connaître le contexte est un bon exercice pour savoir si l'on débrouille ou pas. Enfin, 信長のシェフ n'est pas évident à cause du vocabulaire culinaire, des kanjis pas toujours courants et des noms propres, d'autant plus qu'il y a peu de furigana. Néanmoins, c'est un manga passionnant, et c'est un vrai plaisir de pouvoir avancer dans l'histoire sans attendre la sortie des volumes en français.

Quelques conseils


Comme je l'avais déjà dit dans le précédent article, avoir la VF en main peut être une bonne idée quand on débute, et quand je peux y avoir accès facilement, j'aime encore "regarder la solution" lorsqu'un passage ne me paraît pas tout à fait clair... en constatant parfois que le traducteur français a tout simplement escamoté la difficulté ! Pour autant, il faut éviter tout effort qui rendrait la lecture excessivement fastidieuse : donc, éviter la comparaison bulle à bulle, ou de lire en français ce qu'on a compris sans ambiguïté en japonais.

Même chose pour le dictionnaire, il faut trouver un juste milieu : tout chercher entrave la lecture et gâte le plaisir. Mais en ne cherchant rien, on progresse moins. On peut réserver le dictionnaire aux passages que l'on ne comprend vraiment pas (c'est-à-dire ne pas l'utiliser quand on comprend à 80%), aux nouveaux kanjis, ou alors choisir de faire de la lecture intensive sur 5 pages, puis faire de la lecture extensive sur le reste du chapitre, histoire d'avancer.

Globalement, il faut accepter de ne pas tout comprendre à 100 %. Je pense que ce qui me rendait la lecture de manga fastidieuse il y a quelques temps, c'est cette manie de tout décortiquer jusqu'à obtenir une compréhension totale de la structure de chaque phrase. On peut se permettre ça avec un tanka de 31 syllabes, comme je le fais pour le Hyakunin isshu. Ce n'est pas adapté au manga, qui doit rester léger pour être agréable, et qui n'a pas la même exigence formelle. Ce qui compte, c'est la compréhension globale : est-ce que je comprends l'histoire, les sentiments des héros, le sens de leurs échanges, etc ? Si oui, pas la peine de couper les cheveux en quatre. Nous sommes des lecteurs, pas des traducteurs !

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Pour ma part, je compte continuer ma politique de picorage (un volume par-ci, un volume par-là) tout en poursuivant Le chef de Nobunaga et One Piece. Autant dire que j'ai du pain sur la planche. Heureusement, j'ai constaté qu'à force de lire, la facilité et la vitesse de lecture augmentent. Prochain bilan dans un an ?

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jeudi 4 décembre 2014

Genshiken, le monde des otaku

Trouver un bon anime ou un bon manga, au sein d'une production prolifique mais souvent décevante, n'est pas toujours évident. C'est pourquoi j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir Genshiken, un manga de Kio Shimoku (木尾 士目), adapté en anime (deux saisons de 12 épisodes et 3 OAV au milieu), qui allie humour et profondeur psychologique pour nous faire partager le quotidien d'une bande d'otaku.



Synopsis


Les personnages de Genshiken sont des étudiants on ne peut plus ordinaires. A l'université comme dans tout établissement scolaire japonais, il est bon de s'inscrire à un club - sportif, culturel ou autre - en sus des études proprement dites. Le Genshiken est un de ses clubs. Derrière un intitulé pompeux - club d'étude de la culture visuelle moderne (現代視覚文化研究会 Gendai Shikaku Bunka Kenkyūkai, abrégé en Genshiken) - il abrite une petite poignée d'otaku, essentiellement masculins, mais pas uniquement, qui trouvent ici un lieu pour sociabiliser avec des gens qui leur ressemblent, et qui partagent leurs goûts souvent mal assumés (les eroge et autres hentai pour les garçons, les yaoi pour les filles). Pour pimenter la vie du club, et faire ressortir les singularités de ces otaku aux yeux des non-initiés, l'auteur a eu la judicieuse idée d'introduire dans le club un personnage féminin dynamique et sympathique, Kusakabe Saki, venue là pour suivre et mieux comprendre son petit ami Kôsaka, un serial gamer, grand amateur, comme tous ses comparses, de manga et autres dôjinshi à caractère érotique. Pas d'aventure palpitante donc, juste l'évolution des personnages et de leurs relations, entre eux et avec le monde extérieur.

Commentaire


Pour commencer, Genshiken est vraiment drôle et aborde avec beaucoup de légèreté, mais non sans finesse, des problèmes très sérieux qui se posent dans la vie de ces garçons et filles : comment entrer en relation avec des personnes de l'autre sexe quand on a peu confiance en soi, et que le sexe et l'amour virtuel sont tellement plus maîtrisables et rassurants ? comment accepter et assumer ses goûts et préférences sexuelles (notamment avec le personnage de Ogiue dans la 2e saison de l'anime) ? comment intégrer le monde du travail, quand on s'y sent complètement étranger et qu'on préférerait consacrer tout son temps à sa passion ? Cette dernière problématique est sans doute celle qui me touche le plus, moi qui aie si souvent l'impression de perdre mon temps au travail... Ce n'est pas sans un pincement au cœur que je vois le malheureux Sasahara se livrer bravement à la mascarade des entretiens d'embauche, ou certains de ses camarades affecter de se réjouir d'avoir décrocher un job auquel ils vont sacrifier une grande partie de leur temps, sans y trouver d'autre contrepartie que d'avoir de quoi vivre et financer leur hobby, ce qui est beaucoup, bien sûr, quand tant de gens crèvent de faim, mais aussi bien peu, lorsqu'on se sent étranger à ce qu'on fait. Heureusement, l'histoire se termine sur une note plutôt positive. Mais on se doute bien que le choc entre otaku et réalités économiques doit en laisser quelques-uns sur le carreau. Quoi qu'il en soit, l'auteur de Genshiken a vraiment soigné la psychologie de ses personnages, utilisant la dérision avec beaucoup de tendresse.

***

A bien des égards, le thème et la qualité de cet anime me rappelle celle de NHK ni yôkoso, que je rappelle à votre bon souvenir. J'espère que vous passerez un bon moment avec Genshiken ! それでは、また。
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Libellés : Livres/manga/anime

mardi 13 mai 2014

Barakamon, un manga réjouissant


J'ai eu la chance de lire cette année beaucoup de mangas enthousiasmants, drôles et intelligents, à l'image de Silver spoon, voire émouvants, comme Anjin-san. Je vais vous parler aujourd'hui du dernier en date, Barakamon, de Satsuki Yoshino, dont 8 volumes ont été publiés en France (comme au Japon) par les éditions Ki-Oon [13 volumes désormais, MAJ 2017].

Synopsis 


Handa Seishu est un jeune calligraphe talentueux mais manquant de maturité, tant dans son art que dans ses relations avec les autres. Son enfance citadine, entièrement consacrée à la calligraphie, lui a laissé peu de chances de développer de réelles qualités humaines (sans en faire un sauvage pour autant, l'auteur ne tombe pas dans la caricature). Suite à une esclandre avec un directeur de galerie qui lui a fait une critique dure à avaler (mais juste), son père l'envoie sur l'île de Goto, à côté de Nagasaki. C'est dans ce coin perdu, en pleine campagne, que Seishu (que les habitants du village appellent Maître Handa) va mûrir en tant qu'homme et calligraphe. Les enfants du village, turbulents et exubérants, vont devenir pour lui des compagnons de jeux, l'ouvrant à de nouvelles dimensions de son art et de son être, dans la joie et la bonne humeur.

Commentaire 


Comme Silver spoon, Barakamon est drôle sans être bête ni simpliste. La quête de style du calligraphe, thème assez original, est aussi l'occasion de découvrir un Japon rural aux airs de paradis perdu. Les personnages sont suffisamment fouillés pour être réellement attachants, en particulier l'intrépide petite Naru, qui, plus que tout autre, aide le "maître" à sortir de sa coquille. Comme l'a justement fait remarquer Tetsuya-san sur son blog, la traduction française ne permet pas de conserver le contraste entre le parler tokyoïte de maître Handa et le dialecte des habitants. Barakamon n'en est pas moins drôle et profondément réjouissant, plein de chaleur humaine et de bouffées d'air frais.

**** 

Je ne sais pas où nous mènera l'auteur, ni combien de tomes sont prévus, mais je trouve que c'est une chance que des mangas de cette qualité soient traduits. J'espère que l'anime, prévu pour 2014, sera à la hauteur.それでは、また。
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vendredi 18 avril 2014

Summer Wars de Hosada Mamoru






En matière de film d'animation, je me laisse souvent guider par le hasard. Si cela donne parfois des résultats mitigés, comme ce fut le cas avec Origine, il a aussi de bonnes surprises. Summer Wars en est une. Je ne connaissais par Hosada Mamoru ( 細田守) même si j'avais entendu parler de certains de ces films. Le premier contact a été bon.







 

Synopsis


Kenji, un lycéen plutôt doué avec les chiffres, est invité par sa senpai, Natsuki, a une fête de famille : il s'agit de célébrer les 90 ans de sa grand-mère, qui règne en maître sur la famille Jinnouchi, laquelle s’enorgueillit de la prestigieuse ascendance des Takeda (pour ceux qui l'ignorent, les Takeda étaient de puissants daimyos de l'époque Sengoku). Natsuki, pour faire plaisir à sa grand-père, impose à Kenji de jouer le rôle de fiancé. La situation se complique lorsque OZ, une gigantesque communauté virtuelle ayant de multiples impacts sur la vie réelle, est attaqué. GPS, systèmes d'alarmes, comptes personnels, tout est sens dessus dessous. Kenji, chargé parmi d'autres de veiller à la sécurité du système en job d'été, est dans un premier temps soupçonné d'être le pirate responsable du chaos. Mais on découvre rapidement qu'une intelligence artificielle, surnommée Love Machine, aussi puissante qu'incontrôlable est à l'origine du problème. Kenji, aidé par le clan Jinnouchi, parviendra-t-il à arrêter la terrible Love Machine ?

Commentaire


Même si elle n'est pas traitée de manière très réaliste, l'idée de mettre en scène la dépendance de nos sociétés à l'égard des nouvelles technologies n'est pas mauvaise. On connaît maintenant les troubles que peuvent semer un virus ou une simple panne de réseau. Néanmoins, le film n'a pas vraiment pour ambition de faire réfléchir sur la question. Son but est de divertir, et il le fait avec brio, en exploitant deux filons, celui de la communauté virtuelle, OZ, avec ses combats et son univers délirant, et celui du clan Jinnouchi, avec sa doyenne tyrannique, sa tendance matriarcale, son culte désuet à un glorieux passé et sa capacité de mobilisation face à la crise. Les différents membres du clan et leurs relations fournissent autant de ressorts comiques. D'autres trouvailles, comme la partie endiablée de Koi Koi contre la Love Machine, sont particulièrement bien senties. Bref, le film est drôle, joliment réalisé et permet de passer un très bon moment.

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En résumé, Summer Wars n'a rien de révolutionnaire, mais n'en constitue pas moins une excellente animation. De quoi m'inciter à regarder d'autres œuvres d'Hosada, comme la Traversée du temps et Les Enfants loups. それでは、また。
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dimanche 30 mars 2014

Kié la petite peste, d'Isao Takahata


Takahata m'a déjà enthousiasmée et réjouie avec Pompoko, Omoide Poroporo et Mes voisins Yamada. Son adaptation du Tombeau des Lucioles m'a rappelé la cruauté et la tristesse de la nouvelle d'Akiyuki Nosaka, lue des années auparavant. Horus Prince du soleil et Goshu le violoncelliste m'ont en revanche un peu déçue (à vrai dire mes souvenirs du premier sont presque effacés). Kié la petite peste (じゃリン子チエ, litt. Chié, la gamine), que j'ai découvert récemment, est plus ancien que la plupart de ces films (1981) mais il appartient incontestablement à la catégorie des films réjouissants et enthousiasmants.

Synopsis


L'animation, adaptée d'un manga de Etsumi Haruki nous plonge dans le Osaka des années 70 (c'est ce que je suppose, en tout cas) et plus précisément dans son quartier populaire et pauvre, Shinsekai (rien à voir avec le nouveau monde de One Piece, bien sûr). L'héroïne est une gamine dénommée チエ (Chié), mais les traducteurs français ont préféré la baptiser Kié, sans doute parce que le nom d'origine sonne vraiment trop mal dans notre langue. Plus qu'une "petite peste", c'est une enfant vive, qui n'a certes pas la langue dans sa poche, mais qui fait preuve d'une impressionnante maturité. Il faut dire qu'elle n'a pas vraiment le choix : ses parents se sont séparés et Kié vit avec son père, lequel préfère le jeu et la bagarre à la gestion du restaurant familial. C'est donc Kié qui tient la boutique après l'école, tout en cherchant comment faire travailler son fainéant de père. Elle tient tête aux clients qui cherchent à l'arnaquer, à ses camarades de classe mieux lotis qui se moquent d'elle et voit sa mère en cachette, tout en prenant soin de ce père qu'elle aime, même s'il est idiot et qui lui fait parfois honte. A ces personnages haut en couleur viennent s'ajouter de féroces et burlesques combats de chats, touche supplémentaire de fantaisie dans une œuvre qui n'en manque pas.

Commentaires


Kié la petite peste est un film vraiment drôle, qui s'appuie sur des personnages attachants qu'il s'agisse de la fillette elle-même ou de son imbécile de père. Si Takahata nous entraîne dans les bas-fonds d'Osaka, ce n'est pas pour faire pleurer dans les chaumières. Kié ne se laisse jamais abattre et si son père est violent, ce n'est jamais à son égard. Il est l'archétype de la brute au cœur tendre. Même les yakusas, qui se laissent défier verbalement par une gamine, ne sont guère effrayants. Vous l'aurez compris, le film cherche moins le réalisme que le burlesque et il réussit parfaitement dans cette veine.

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En attendant de découvrir le dernier Takahata au cinéma, je vous invite donc à regarder Kié la petite peste. Je suis sûre que vous passerez un bon moment. それでは、また。
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mardi 18 février 2014

Silver spoon

Silver spoon est un manga qui n'a guère besoin qu'on lui fasse de la publicité. Son auteur, Hiromu Arakawa, a déjà démontré son talent dans Fullmetal Alchemist, un des meilleurs shônen que je connaisse. Silver spoon, dans une autre veine, est tout aussi réussi. A ce jour, 5 volumes sont sortis en France, chez Kurokawa, et la 2e saison de l'anime est en cours au Japon.

Synopsis


Yugo, qui a mal supporté la pression que ses parents lui ont fait subir pendant sa scolarité, et qui n'a par ailleurs aucune ambition professionnelle bien définie, a choisi de s'inscrire au lycée agricole de d'Ohezo, sur Hokkaïdo, en se disant que là, au moins, il n'aurait aucune difficulté à être premier. Outre qu'il a sous-estimé les épuisants travaux pratiques, Yugo est confronté à plusieurs difficultés : d'une part, contrairement à la plupart de ses condisciples, fils ou filles d'agriculteurs, il n'a aucune connaissance du monde agricole ; d'autre part, son rapport aux animaux est celui d'un intellectuel citadin qui n'a pas passé beaucoup de temps au cul des vaches : il se montre (trop) sensible, s'attache aux bêtes qu'il élève, ce qui pose problème lorsqu'il faut les envoyer à l'abattoir (ça ne l'empêche d'ailleurs pas d'aimer la viande). Enfin, et c'est finalement là son principal problème, Yugo n'a pas de rêve. Parmi les élèves qui l'entourent, beaucoup savent déjà ce qu'ils veulent faire (que ce soit leur rêve ou le prolongement de celui de leurs parents) et certains montrent une belle détermination. Yugo, lui, ne sait pas trop pourquoi il est là ni où il va. Fuir (sa famille entre autres), ce n'est pas choisir une direction.

Commentaire


Hiromu Arakawa est une fille d'Hokkaïdo, et un de ces enfants d'agriculteurs qui ont échappé à leur destin. Le parcours initiatique de Yugo est pour elle l'occasion de montrer, avec un regard extérieur, divers aspects du monde agricole (surtout l'élevage), de la diversité de ses pratiques, de ses réflexions et de ses difficultés. Si ce thème ne vous fait pas rêver, sachez que ce manga est très drôle et ses personnages plutôt attachants. Hiromu Arakawa ne nous a pas encore tout révélé sur le personnage de Yugo. Mais ce dernier m'est vraiment fort sympathique. Moi qui aie fait mes choix professionnels un peu au hasard, qui ne sait pas trop pourquoi je suis là ni où je vais (dans ce domaine-là seulement), je me sens proche de lui. Je comprends assez bien l'envie qu'il ressent envers ceux qui ont un rêve (même si je sais pertinemment qu'avoir un rêve peut aussi être source de graves désillusions). Son rapport aux animaux est aussi des plus intéressants et amène le lecteur à s'interroger sur le lien entre consommation de viande, vie et souffrance animale.

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Comme vous l'aurez compris, Hiromu Arakawa a le mérite de nous présenter un thème nouveau, d'une manière à la fois réaliste et pleine d'humour. J'apprécie beaucoup l'intelligence de cet auteur et attends avec impatience de savoir où elle va nous mener.

PS : je ne mets plus de lien vers Amazon comme j'avais coutume de le faire (j'ai même enlevé les liens que j'avais déjà mis, la barbe !). En effet, après avoir lu plusieurs articles sur les pratiques fiscales et managériales tout à fait condamnables de cette entreprise, notamment dans le Monde diplomatique et dans la revue Books, j'ai décidé de la boycotter et ne peux donc plus inciter mes lecteurs à y acheter leurs livres et DVD. Pour les livres, je vous invite à privilégier votre libraire (si vous avez la chance d'avoir une vraie librairie à proximité de chez vous) ou de passer par le site www.lalibrairie.com, qui paie des impôts comme vous et moi, ne prend pas ses salariés pour des robots et favorise la proximité avec les libraires, point presse, etc (ils ne livrent pas à domicile, ce qui évite par exemple d'avoir à se battre avec Adrexo). Voilà, c'était le quart d'heure militant. Evidemment, vous faites ce que vous voulez :-) De toute façon, vu l'importance de mon lectorat, je ne pense pas être en mesure de faire trembler une multinationale :-)
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samedi 18 janvier 2014

Geonbae, le Mondovino coréen

Une fois n'est pas coutume, je vais aujourd'hui vous parler d'un manhwa, un manga coréen, écrit par Kim Young-bin et dessiné par Hong Dong-kee. J'ai découvert le premier volume de Geonbae il y a près d'un an, chez mon libraire préféré. Il traînait sur une étagère, au ras du sol, sans distinction particulière. En le feuilletant, je me suis dit, "tiens, ça change". Et effectivement, je n'avais encore jamais lu de manga sur ce thème-là, traité
de cette manière-là. De quoi s'agit-il ? D'alcools traditionnels coréens. Un sujet assez pointu dont je ne connaissais rien et qui a priori ne m'intéressait pas plus que ça. Avec un thème comme celui-là, on pourrait s'attendre à un équivalent des Gouttes de Dieu (que je n'ai pas lu) ou, dans une veine plus humoristique, à un Yakitate Japan version saké, avec concours et dégustations extatiques toutes les deux pages (j'aime beaucoup Yakitate Japan, qui m'a bien fait rigoler). Geonbae, tout en laissant une bonne place à l'humour (et même à quelques dégustations extatiques) va un peu plus loin que cela. Au-delà de la question de l'alcool, on y trouve une vraie réflexion sur l'identité coréenne et la mondialisation.

Synopsis


Tae-Gyeong est une jeune réalisatrice de documentaire, spécialisée dans les questions culinaires. Son dernier reportage a eu du succès et son producteur lui demande de rééditer l'exploit avec un documentaire sur les alcools coréens, un sujet auquel elle ne connaît strictement rien, mais qui va s'avérer passionnant. En explorant le monde des alcools, Tae-Gyeong va redécouvrir certaines spécificités de son pays et comparer les modes de production. Son guide et initiateur, Dong-Il, est un homme d'une quarantaine d'années, jadis créateur d'un alcool à succès qu'il renie plus ou moins, cherchant désormais à produire un breuvage authentiquement coréen. Mais qu'est-ce qu'un alcool authentiquement coréen ?

Commentaire


Certains d'entre vous connaissent peut-être Mondovino, un documentaire de Jonathan Nossiter sorti en 2004. On trouvait dans ce film une passionnante réflexion sur le vin, sa production, son goût, mais aussi sur l'identité des vins français face aux productions étrangères et notamment californiennes. Geonbae, qui se présente à juste titre comme "un panorama réjouissant des alcools coréens", m'a fait maintes fois penser à ce documentaire. On y trouve le même type de réflexion sur le goût, les additifs, l'authenticité, les terroirs, la confrontation entre petits producteurs artisanaux et producteurs industriels. Geonbae s'interroge aussi sur l'identité des alcools coréens vis-à-vis des alcools japonais, en se cristallisant notamment sur la question des ferments (nuruk coréen versus kouji japonais). Si la réflexion se limite apparemment aux alcools, on sent bien que la recherche d'authenticité des différents protagonistes pose la question de l'identité coréenne, vis-à-vis du Japon comme de la Chine.
Tout cela paraît bien sérieux, mais la question est traitée avec beaucoup d'humour et les personnages sont plutôt attachants, qu'il s'agisse de Tae-Gyeong, avec ses émois amoureux et son ivresse dès la 1ere coupe de makgeolli, de Dong-Il avec son faux air de GTO, du producteur ou encore du vieux dragon qui garde jalousement la recette d'un alcool divin. Je ne connais pas la fin de l'histoire, car le quatrième et dernier tome n'est pas encore paru, mais je me suis surprise à me passionner pour des débats qui me concernent pourtant assez peu (nuruk ou kouji ?), peut-être parce qu'ils sont le reflet de problématiques plus vastes qui, elles, m'intéressent beaucoup (qualité des produits alimentaires, caractère local des productions, etc).

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C'est donc avec beaucoup de plaisir que j'ai lu les 3 premiers volumes de Geonbae, malgré un dessin qui s'appuie un peu trop sur la photographie à mon goût. J'espère que les Editions Claire de Lune continueront à publier des manhwa et manga de cette qualité.
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lundi 23 décembre 2013

Millenium actress de Satoshi Kon

J'avais fait il y a quelques mois un article sur l'excellent Paprika, de Satoshi Kon. J'ai réalisé depuis que ce réalisateur que j'apprécie beaucoup est mort "prématurément", comme on dit abusivement, comme si vivre un certain temps était un dû et que la faucheuse se trompait de timing. Le fait que Satoshi Kon soit décédé avant d'avoir atteint l'âge que semblait lui promettre l'espérance de vie des hommes de son pays - n'oublions jamais que ce n'est qu'une moyenne et que la mort vient quand elle veut - est en effet regrettable, dans la mesure où cela nous prive d'un talent précieux. Et oui, non seulement la mort a son propre calendrier, mais elle se contrefiche complètement des critères auxquels nous attachons tant d'importance : qu'on soit méritant, talentueux, innocent, "dans la fleur de l'âge" ou non, que ce soit "juste" ou "pas juste", peu lui chaut. Quoi qu'il en soit, si Satoshi Kon n'est plus, il nous reste ses œuvres pour nous consoler. A commencer par Millenium actress (千年女優), le sujet du jour.

Synopsis


Genya, journaliste, obtient le privilège d'interviewer la belle Chiyoko, une actrice retirée et jadis populaire, qu'il aime et révère depuis de longues années. Reçu chez elle, accompagné d'un caméra-man, il lui rend une clé, madeleine de Proust qui amène Chiyoko à raconter son histoire. Celle-ci débute pendant la seconde guerre mondiale. La jeune Chiyoko, qui se voit proposer d'aller tourner un film de propagande en Mandchourie, croise par hasard un peintre blessé et poursuivi par les autorités japonaises pour ses activités subversives. Elle en tombe amoureuse et le cache une nuit. Il lui confie une clé et ils se promettent de se retrouver après la guerre. Le lendemain, il reprend sa fuite, sans que Chiyoko connaisse son nom ni quoi que ce soit sur lui ou la clé. Le croyant parti pour la Mandchourie, elle accepte pour le suivre d'aller y tourner le film qu'on lui a proposé. Ainsi commencent sa carrière d'actrice et une course folle vers cet amour chimérique. Chiyoko, sa clé autour du cou, poursuit sa carrière et sa quête de film en film, à travers toutes les époques, du Moyen-Age au futur, dans un délicieux mélange entre fiction et réalité.

Commentaire


On pourrait réduire Millenium Actress à une banale histoire d'amour impossible, le genre de sujet qui m'horripile. Mais ce n'est pas ça du tout. On sent assez rapidement que l'homme sans visage que Chiyoko poursuit inlassablement n'est qu'un prétexte et que le vrai sujet est la poursuite en elle-même. C'est elle qui est brillamment mise en scène et permet ce voyage extraordinaire dans l'histoire du Japon et du cinéma japonais : samouraïs et ninjas de l'ère Sengoku, geishas d'Edo, milices du Bakumatsu, seconde guerre mondiale, science-fiction, tout y passe et on sent que Satoshi Kon et ses associés s'en sont donnés à coeur joie. La musique de Susumu Hirasawa n'est pas un simple accompagnement : comme dans Paprika, elle contribue pleinement à l'ambiance du film.  Si Millenium actress mélange allègrement la fiction et la réalité, l'oeuvre est moins délirante que Paprika, tout en alliant profondeur et légèreté : si Chiyoko passe sa vie à poursuivre des chimères, si ses songes se confondent avec la réalité, est-elle en cela si différente du commun des mortels ? Que l'on coure après le succès, l'argent, le bonheur, l'amour, le pouvoir, la justice ou la révolution, poursuit-on jamais autre chose que des chimères ?

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Comme dans Paprika, les bonus du DVD permettent de mesurer l'ampleur du travail qu'exige la réalisation d'une animation de cette qualité. Et il faut sans doute plusieurs visionnages pour en savourer toute la richesse. Il y a dans le délire de ces deux œuvres de Satoshi Kon quelque chose d'envoûtant et de joyeux, qui donne envie d'y revenir. それでは、また。
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jeudi 5 décembre 2013

Gen d'Hiroshima

J'ai longtemps renâclé à lire Gen d'Hiroshima (はだしのゲン, Gen le va-nu-pieds). Je ne doutais pas de la qualité de ce manga de Nakazawa Keiji, publié entre 1973 et 1985, mais son thème me rebutait. Après avoir visité les musées de la bombe à Nagasaki et Hiroshima, après avoir vu Pluie Noire de Imamura Shôhei, j'avais l'impression d'en savoir assez sur la bombe et ses terribles conséquences. Et pas très envie de replonger dans l'horreur. On a ses petites lâchetés, parfois. Finalement, un ami m'a convaincue de le lire. Je ne regrette pas d'avoir fait cet effort. Oui, "effort", même s'il s'agit d'un manga. Parce que son contenu est tout sauf trivial et n'incite vraiment pas à la rigolade, mais s'il y reste un zest d'espoir. Gen d'Hiroshima m'a donné un nouvel éclairage sur ce drame, mais aussi sur le Japon d'après-guerre, dont on sait, depuis le Tombeau des lucioles, combien il était dur.

Synopsis


Le manga commence en 1945, à Hiroshima, quelques mois avant que la bombe atomique ne détruise la ville. Le petit Gen, 6 ans, vit là avec toute sa famille, deux grands frères, une grande sœur, un adorable petit frère, une mère enceinte et un père courageux. Courageux au point d'être pacifiste dans un Japon militariste entièrement fanatisé et mobilisé par son effort de guerre. C'est dire si la vie des Nakaoka est difficile : insultes, emprisonnement, violences diverses. Il n'est jamais confortable d'être à contre-courant. Puis le cataclysme arrive. Gen perd une partie de sa famille. Il cherche avec ceux qui lui restent, à survivre dans un théâtre de morts vivants, d'agonisants. Puis il se heurte à l'indifférence et à la cruauté de ses compatriotes qui rejettent les irradiés. La lutte pour survivre dure plusieurs années. Et lorsque manger n'est plus un problème, les conséquences de la bombe et les décisions politiques nippo-américaines continuent à peser lourdement sur le destin de Gen. Lequel persiste pourtant à se relever, chaque fois que le malheur le frappe, comme le blé se redresse après avoir été foulé aux pieds.

Commentaires


J'ai failli arrêter à la fin du tome 1, parce que la dernière scène était insoutenable. Non que le dessin soit suffisamment réaliste pour empêcher de dormir, loin s'en faut. Mais l'attachement aux personnages et un brin d'imagination permettent de toucher du doigt l'horreur de la situation. J'ai pourtant continué, parce que Gen avait beaucoup à m'apprendre, et par "devoir de mémoire", comme on dit.

Après les visites d'Hiroshima et Nagasaki, je savais déjà que les Américains avaient décidé de longue date (1942) d'utiliser la bombe au Japon, et qu'ils avaient volontairement épargnés ces deux villes et quelques autres, pour mieux mesurer le potentiel destructeur de l'atome. Je savais aussi qu'ils étaient décidés à les lancer de toute façon, pour impressionner l'URSS dans un contexte de pré-guerre froide. J'avais oublié que les centres médicaux implantés dans ces zones après la capitulation avait pour mission d'examiner les victimes des radiations sans les soigner. Pas le moindre médicament : les malades n'étaient que des rats de laboratoire, des sources d'informations. J'ignorais complètement que les Américains, jusqu'à la signature du traité de San Francisco en 1951 (fin de l'occupation américaine), avaient empêché toute diffusion d'information concernant les effets de la bombe. Publier un livre sur le sujet, c'était s'exposer aux représailles de la cellule Canon, une cellule secrète essentiellement chargée d'étouffer toute activité communiste, avec des méthodes dignes de Guantanamo ou de la Gestapo, selon l'époque à laquelle on préfère se référer. Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu d'excuses officielles pour ces crimes.

L'intérêt de Gen d'Hiroshima, c'est de ne pas se limiter à dénoncer cela. Ce serait trop facile. La première cible de Nakazawa, à travers Gen et son père, c'est le militarisme japonais et l'élite qui a entraîné tout un peuple dans cette folie, à commencer par l'empereur, qui n'est pas épargné. Alors que j'avais trouvé, à Hiroshima comme à Nagasaki, que les Japonais passaient un peu vite sur leurs propres crimes et responsabilités, Nakazawa insiste au contraire sur ces derniers. De même, il montre sans concession l'absence de solidarité de la plupart de ses compatriotes : les orphelins chassés, les malades honnis, les pauvres arrachés aux misérables cahutes qu'ils ont péniblement reconstruites, les enfants à l'abandon laissés à la merci des yakuzas qui les exploitent sans vergogne, les médecins qui envoient contre salaire les malades dans les centres américains, en sachant qu'ils ne seront pas soignés, etc, etc. L'auteur fait également une place particulière au sort des Coréens, à travers le personnage de M. Pak. Les malheureux, arrachés de force à leur patrie par l'occupant japonais, sont exploités durant toute la guerre. Ils subissent, comme les Japonais, la bombe et ses effets (50 000 morts). L'ostracisme dont ils sont l'objet est encore plus violent que celui qui est infligé aux autres victimes.

Bref, il n'y a pas là de quoi se réconcilier avec l'humanité. Il reste cependant, comme je l'ai dit en introduction, un soupçon d'espoir. Si la majorité, trop occupée par sa propre survie, se montre cruelle à l'égard des victimes,  il y a aussi des mains tendues. Le personnage de Gen est en lui-même extrêmement positif : solidaire, révolté contre les injustices, inventif, il se laisse rarement décourager et finit toujours par se relever. Il vient sans cesse en aide aux autres, contre son propre intérêt parfois, et pardonne facilement dès qu'il comprend les motivations d'un adversaire lui aussi en difficulté. Par ses efforts constants et sa solidarité avec les autres (dont ses "nakama"), Gen est un vrai héros de shônen, même si ses victoires, dans ce monde impitoyable, sont bien maigres.

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En conclusion, je vous recommande donc la lecture de Gen d'Hiroshima, pour en savoir plus sur ces tragédies et sur le Japon d'après-guerre, fort bien dépeint. Il est intéressant de lire en complément les petits cadrages historiques présents dans l'édition française. Ils permettent de corriger les rares fantaisies que l'auteur s'est accordé vis-à-vis de l'histoire. Le témoignage est passionnant, même s'il est dur. Evitez quand même de le lire dans un moment de déprime ! それでは、また。
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mardi 19 novembre 2013

Anjin San de George Akiyama


Anjin San est un volumineux manga de George Akiyama. J'ai été séduite par la sérénité très bouddhiste qui se dégageait des quelques pages feuilletées sur le site de l'éditeur français, Le Lézard noir (qui édite aussi le Vagabond de Tokyo). En me renseignant un peu sur l'auteur, j'ai failli reculer : George Akiyama est connu pour son univers très sombre et très violent et pour quelques provocations de jeunesse (il a confessé avoir tué quelqu'un, avant de démentir). Pas le genre de personnage qui m'attire d'emblée. J'ai tout de même acheté Anjin San et je ne le regrette pas. C'est un manga lumineux qui révèle une autre facette de son auteur, même si celui-ci s'en défend en postface.




Synopsis


Il n'y a pas d'intrigue à proprement parler, particulièrement dans la première partie du manga. On y découvre Anjin, un petit personnage rondouillard et apparemment banal - il revendique d'ailleurs sa banalité - dont la sagesse et la présence bienfaisante apaise les cœurs. Anjin est en fait la prononciation bouddhique de anshin (安心), qui signifie "esprit en paix, tranquille". Et l'étrange personnage, qui voyage ici et là, rayonnant de compassion, s'avère être le petit-fils de Sakyamuni. Il se retrouve bientôt accompagné d'un second personnage, Kirihito, qui le suit, attiré par son aura et son étrangeté.
La seconde partie commence lorsque Anjin et Kirihito, qui se sédentarisent provisoirement dans l'auberge d'Anjin, accueillent Hinagiku, une geisha qui rayonne autant par sa beauté que par sa gaité. Les anecdotes de cette seconde partie voient le rapprochement progressif de Kirihito et de Hinagiku ainsi que leur cheminement vers un commun épanouissement.

Commentaire


Si l'on ouvre Anjin-san en cherchant une histoire extraordinaire, on risque fort d'être déçu. Tout ici se déroule dans un cadre très quotidien, très simple. Mais plutôt qu'un enchaînement d'anecdotes, il faut voir dans ce manga des paraboles qui se complètent les unes les autres pour illustrer divers enseignements du sûtra du cœur. Anjin est l'exemple même d'un personnage ayant atteint l'éveil, libre de tout attachement, de tout jugement, non séparé des autres et capable de ce fait de leur apporter du bien-être, d'une façon toute naturelle, sans sermon et presque sans parole. Il n'y a pas de grands discours dans Anjin-san, juste des exemples très parlants - parfois cocasses - et d'éloquents silences. Ainsi, l'évolution des sentiments de Kirihito et de Hinagiku s'exprime moins par la parole, que par des gestes ou des regards. Tout le manga est un magnifique exemple de communication  以心伝心, de cœur à cœur (il s'agit là encore d'une expression bouddhiste, qui signifie que l'essentiel est ineffable, que la transmission entre maître et discipline se doit se faire de cœur à cœur). Lorsque la parole est là, elle est brève et percutante. Ainsi cette formule qu'on trouve dans le chapitre VII (La rascasse d'or, très belle parabole sur l'attachement) : "Tout tourment est un luxe". Quelle que soit la réalité, que l'on puisse y remédier ou non, se tourmenter à son sujet ne sert à rien : cela ne fait qu'ajouter de la négativité à la la négativité. En ce sens, oui, tout tourment est un luxe, et si nous pouvions nous en convaincre, nous nous épargnerions bien des peines.

Anjin n'est pourtant pas qu'un recueil d'enseignements bouddhistes. C'est aussi un manga superbement illustré. Les dessins de Hinagiku, tout particulièrement, débordent de sensualité et laissent supposer que l'auteur a pris grand plaisir à dessiner encore et encore ce personnage féminin dont on ne peut s'empêcher de tomber amoureux/se. On sent que Akiyama s'est délecté à modeler ses hanches, ses jambes et ses pieds. Hinagiku jaillit des cases, s'étend sur la page, pleine de fraîcheur et de gaîté. Elle inspire la joie comme Anjin inspire la sérénité. Et son bonheur devient celui du lecteur.

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Anjin-san est m'a très profondément émue (et je ne dis pas cela tous les jours), probablement parce que j'ai eu la chance de lire cette œuvre à un moment où elle pouvait résonner en moi. J'espère qu'Anjin viendra me rendre visite dans les moments de doute et de tristesse. J'aimerais pouvoir un jour lui ressembler un peu. Et j'espère surtout que ce sera pour vous aussi une belle rencontre. それでは、また。
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samedi 28 septembre 2013

Tatsumi




Tatsumi est un film d'animation réalisé par Eric Khoo et consacré à la vie du mangaka Tatsumi Yoshihiro. C'est en fait une adaptation de son manga autobiographique, Une vie dans les marges (que je n'ai pas lu à ce jour). Le film rend hommage à l'auteur (qui prête sa voix à la narration) et constitue une bonne introduction à son œuvre.

Synopsis


De manière originale, le film mêle des scènes de la vie de l'auteur avec des versions animées de quelques-unes de ces œuvres.
La partie biographique évoque la passion du jeune Tatsumi pour le dessin, sa difficulté à faire son chemin et à vivre de son art, ainsi que l'invention d'un genre, le gekiga (qui n'aurait guère plu à Osamu Tezuka). L'univers de Tatsumi est sombre - c'est le moins que l'on puisse dire - cru et dur. Ses histoires s'adressent aux adultes et pour éviter toute critique du genre "mais que mettez-vous entre les mains de nos enfants", il était important de distinguer ce type d'histoire des autres mangas. D'où l'invention du terme gekiga 劇画, drame en images, 劇 étant un kanji que l'on retrouve dans 時代劇 (jidaigeki, drame historique) ou dans 劇場 (théâtre).

Des exemples de gekiga, justement, le film en donne à travers l'adaptation de cinq histoires de Tatsumi, autant de courts métrages saisissants qui ne laissent pas indifférents. Comme je le disais plus haut, la tonalité est sombre, très sombre, l'ironie est cruelle, l'espoir absent : pas de place pour les perdants. La deuxième histoire, Monkey mon amour, sorte de métaphore de l'individu broyé par le groupe, est particulièrement dure, quoique les autres ne le soient guère moins.

Commentaires


L'alternance entre biographie et fiction confère au film un rythme un peu étrange, mais ce mélange permet d'aborder sous plusieurs angles un genre peu mis en avant, particulièrement dans l'animation. De cette œuvre ressort aussi une autre image du travail de mangaka, assez éloignée de celle que véhicule Bakuman, pour la bonne et simple raison qu'il ne s'agit pas vraiment du même métier : les héros de Bakuman, entourés de leur éditeur et d'une tripotée d'assistants, écrivent pour le Jump, et s'ils tentent d'affirmer leur style, ils cherchent surtout à plaire, s'adaptant aux sondages de popularité comme à la concurrence. L'orientation est avant tout commerciale, comme celles de beaucoup de manga, ce qui ne signifie d'ailleurs pas que ces derniers soient dénués de qualités pour autant, loin s'en faut.

Néanmoins, l'oeuvre de Tatsumi est d'une autre nature. Pour l'auteur, il s'agit moins de plaire que d'exprimer à travers le dessin ce qu'il a sur le cœur et dans la tête. Son travail est solitaire, et dans les interviews bonus, il insiste beaucoup sur cet isolement qui semble lui peser, même si l'on sent bien qu'il pourrait difficilement procéder autrement ; il se dit peu apte au travail d'équipe (on le croit volontiers) et mal à l'aise dans les relations mondaines (les remises de prix, par exemple). Tatsumi insiste aussi sur les difficultés financières de sa vocation : le métier ne rapporte pas ou peu. Même si l'argent ne fait pas le bonheur, en manquer constamment est rarement source de joie. Au final, lorsqu'on lui demande s'il choisirait le même métier dans une seconde vie, Tatsumi répond non, ce qui peut surprendre de la part d'un homme dont le talent est reconnu, et qui a consacré sa vie à sa passion. Mais Tatsumi n'est pas du genre à voir la vie en rose...

****

A mes yeux, Tatsumi (le film) constitue avant tout une introduction  : à une œuvre, à son auteur et à un genre. Pour aller plus loin, il faut se plonger dans les mangas de Tatsumi, qui ne sont pas légions en français, mais dont on peut tout de même trouver quelques exemples. それでは、また。
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mercredi 11 septembre 2013

Santetsu, chemin de fer de l'espoir

Santetsu - 11 mars 2011 - Après le cataclysme est un seinen manga de Kôji Yoshimoto paru en 2012 au Japon et publié en France chez Glénat. Ce one-shot est consacré à un sujet bien particulier : la reconstruction d’une ligne de chemin de fer détruite par le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars 2011. Si cela peut paraître anecdotique, ce manga est pourtant un concentré de ce qu’il y a de meilleur dans ce qu’on peut appeler « l’esprit japonais ». Je n’aime pas trop recourir à des concepts aussi vagues, qui prétendent de caractériser une nation tout entière alors qu'elle composée d’individus uniques et divers. Disons que ce que j’appelle « l’esprit japonais », c’est un peu la somme des clichés que les gaijin, plus ou moins éclairés et bienveillants, accumulent sur le compte des Japonais. Un cliché n’est pas nécessairement ni complètement faux : ce qui le rend faux, c’est une généralisation excessive. Santetsu montre que certains des clichés positifs que nous avons sur les Japonais sont sous-tendus par une réalité tangible.

Synopsis


Un mangaka est envoyé en reportage dans la préfecture d'Iwate pour parler de la reconstruction de la ligne de chemin de fer Sanriku (surnommée Santetsu), détruite par la catastrophe du 11 mars (東日本大震災). Il interroge toutes les personnes au travail ce jour-là (ainsi que d'autres habitants) afin que chacun raconte son vécu du tremblement de terre et du tsunami. Les deux trains en circulation ce jour-là sont miraculeusement sortis indemnes de la catastrophe, et il est remarquable de voir le professionnalisme avec lequel le personnel de la ligne, à commencer par les chauffeurs, mettent de côté leurs émotions et inquiétudes personnelles pour prendre soin des passagers et assurer au mieux la sécurité de tous.

S'il n'y a pas eu de victimes sur la ligne ce jour-là, les infrastructures ont été durement touchées, notamment sur la partie sud : rails déformés, viaducs envolés… Pourtant, trois jours après la catastrophe, les dirigeants de la ligne remettent un train en circulation sur une portion de ligne moins touchée. Ils envoient ainsi à la population un message d'espoir, un appel à se relever. Et les hommes du Santetsu, sans céder au désespoir, se mobilisent pour remettre en marche leur ligne, puis pour obtenir le budget nécessaire à une restauration complète du service. Chacun accepte de faire ce qu'il peut - quel que soit son métier d'origine - dans des conditions souvent difficiles.

Commentaire


Santetsu n'est pas un manga sur la catastrophe, mais celle-ci est bien sûr omniprésente et la diversité des témoignages rassemblés permet d'en avoir un aperçu. Même si le manga est dépourvu de toute grandiloquence et ne cherche pas à impressionner le lecteur, certaines scènes restent saisissantes, pour peu qu'on ait un soupçon d'empathie et d'imagination.

Ce qui est au cœur du manga, c'est l'inébranlable détermination des dirigeants de la ligne à remettre les trains en circulation. Conscients de leur statut de société d'économie mixte, en grande partie financée par les collectivités locales, ils ont une vision très élevée de leur devoir de service public et de leur rôle social. Maintenir la ligne, c'est permettre à des personnes de se déplacer quand elles n'ont pas de véhicule, c'est maintenir la vie autour des gares, plus qu'avec un service de bus. Le manga laisse entendre que les lignes de la société privée (subventionnée) JR, qui gère l'essentiel du trafic ferroviaire, n'ont pas été reconstruites avec la même célérité (je ne sais pas où ils en sont à ce jour).

A noter aussi, ce fait à mon avis inimaginable en France (et dans bien d'autres pays) : alors que les trains ne circulaient plus, des habitants ont spontanément, gratuitement nettoyé et entretenu les gares en attendant qu'elles soient réutilisées. Nous qui passons notre temps à jeter nos papiers partout, comme si les poubelles n'existaient pas (l'état du métro parisien me déprime parfois), serions-nous capables d'un tel civisme ?

****

Evidemment, il ne faut pas croire que tout est rose au Japon, que tout le monde y est honnête, courageux et solidaire face aux épreuves. La solide culture du mensonge de Tepco, l'attitude du gouvernement japonais envers les victimes de Fukushima, l'ostracisme dont celles-ci seraient parfois victimes dans les zones où elles se réfugient, sont également bien réels.

Mais on passe tant de temps à lire, entendre ou visionner des nouvelles déprimantes, tant de temps à douter de la nature humaine, qu'il est parfois bon qu'une œuvre mette en avant des actions positives, des hommes responsables, dignes et attentifs aux autres. Parce qu'eux aussi sont bien réels, et peut-être plus nombreux qu'on ne le croit.
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mardi 16 juillet 2013

Sarai-ya Goyou


さらい屋五葉 (さらいや ごよう) est un manga de Ono Natsume, dont j'ai récemment découvert l'adaptation en anime (12 épisodes). Je ne sais plus où j'ai entendu parler de ce manga et c'est bien dommage, car j'aurais volontiers exprimé ma reconnaissance à celui/celle qui m'a permis de mettre le doigt sur cette oeuvre pour le moins originale : un チャンバラ (chanbara) où les sabres restent au fourreau, une intrigue indolente qui s'avère d'une insondable profondeur, un chara-design pour le moins déconcertant. Et au final, la preuve qu'une histoire n'a pas besoin d'être longue pour être riche.

Synopsis


さらい屋五葉 est un 時代劇 (じだいげき), c'est-à-dire un drame qui se déroule dans un contexte historique, en l’occurrence la période d'Edo. L'anime constitue d'ailleurs un portrait en creux de cette époque, avec sa nouvelle capitale animée, dangereuse et un brin déconcertante pour les provinciaux. Le héros, ou plutôt l'anti-héros, Masa, est un samourai dont le talent semble scellé par un blocage psychologique. Il est embauché par Yaichi, un yakuza au passé mystérieux, qui l'attire comme un aimant. Yaichi a formé une bande, les 五葉 (cinq feuilles, en référence à une feuille d'érable), qui kidnappe des enfants de bonne famille en échange de rançons. Il est aidé par Ume, Matsu et Otake. Masa se retrouve impliqué bon gré mal gré dans leurs affaires. Et sa curiosité discrète va peu à peu nous dévoiler chaque personnage.

Commentaires


Le dessin est très particulier : des décors superbes, très réalistes et des personnages étrangement anguleux, aux yeux pour le moins bizarres. Il m'a fallu un peu de temps pour accepter ce chara-design atypique et pour en reconnaître les qualités : des personnages finalement très expressifs avec une grande économie de moyens. Le scénario est tout aussi sobre : pas de détails inutiles, tout finit par trouver sa place dans une histoire impeccable construite qui dévoile son habileté pas à pas. A mesure que chaque personnage se révèle, on en apprend un peu plus Yaichi, et touche après touche se dessine son sombre et tragique passé. L'émotion est présente, l'ironie aussi, mais tout est parfaitement mesuré. Le mot qui me paraît le plus adapté pour qualifier cette œuvre est japonais : il s'agit de 渋い (しぶい), cet adjectif qui évoque l'alliance de la beauté et de la sobriété, et qui est au fond plus un concept qu'un adjectif.

****

Vous l'aurez compris, j'étais ravie de découvrir cette œuvre où pour une fois, on se laisse mener par le scénario sans tout deviner par avance, où l'on s'attache aux personnages sans qu'ils soient des héros et où l'on se laisse séduire par une esthétique originale. J'espère que cela vous plaira aussi. それでは、また。
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lundi 3 juin 2013

Le château de Cagliostro de Hayao Miyazaki

Je vais vous parler aujourd'hui ルパン三世, c'est-à-dire Lupin, 3e du nom, rebaptisé en français "Edgar de la Cambriole" pour faire plaisir aux héritiers de Maurice Leblanc, qui se sentent propriétaires du génial personnage inventé par leur aïeul pour le plus grand plaisir de nombreux lecteurs, dont je fais partie. ルパン三世 est le petit fils d'Arsène et, comme son grand-père, c'est un habile voleur non dépourvu d'élégance morale. La comparaison s'arrête là car la série de Monkey Punch, l'auteur du manga, privilégie l'humour, l’espièglerie et la légèreté (trop diront certains), là où Maurice Leblanc flirte volontiers avec le tragique (si mes souvenirs sont bons, car mes lectures datent un peu). Le manga a fait l'objet en 1971 d'une adaptation en anime dont la première saison, la seule que je connaisse à ce jour, fait appel pour certains épisodes aux talents de Miyazaki et de Takahata. Le résultat est léger, délicieusement désuet. Ce n'est pas le genre de série à laquelle on devient accroc, mais ça se laisse regarder avec plaisir pourvu que l'on ne se prenne pas trop au sérieux. Ce n'est néanmoins pas sur la série que je veux m'attarder, mais sur Le Château de Cagliostro (カリオストロの城), premier long métrage de Miyazaki (1979), qui porte Lupin III et ses camarades de jeux sur le grand écran.

Synopsis


Lupin III (je ne peux me résigner à l'appeler Edgar !) décide, avec son compagnon Jigen Daisuke, d'aller fourrer son nez dans les très louches affaires du comte de Cagliostro, lequel inonde le monde de sa fausse monnaie. Chemin faisant, il tombe sur l'innocente Clarisse, une cousine du comte que ce dernier veut épouser contre son gré afin de découvrir un trésor caché. Notre héros, bien entendu, décide de voler au secours de la demoiselle et sera aidé en cela par ses compagnons Jigen et Goemon, par la belle Mine Fujiko, parfois complice et souvent traîtresse et, bon gré mal gré, par son ennemi juré, l'inspecteur Zenigata. Parvienda-t-il à révéler au monde les activités occultes du comte et à délivrer la princesse ? Je vous laisse deviner...

Commentaires


Bien sûr, le scénario est mince, prévisible et manichéen, mais nous ne sommes pas ici dans un thriller prétentieux ni dans un polar angoissé. Juste une aventure rocambolesque au rythme trépidant, avec un humour omniprésent et un Lupin III qui fait parfois penser à James Bond. L'ensemble est magnifiquement réalisé et l'on pressent sur certains plans les futurs films de Miyazaki. Je suis parfois dubitative lorsqu'on ressort les premières œuvres de réalisateurs/compositeurs/écrivains parce qu'ils ont eu du succès par la suite. Les premiers pas ne sont pas toujours bons. Le château de Cagliostro m'a donc agréablement surprise et j'ai passé un excellent moment. Je regrette seulement que les personnages de Jigen et Goemon soient un peu sous-exploités, mais il reste la série télévisée pour se consoler.

****

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. J'espère que ceux qui ne connaissent pas encore ce film prendront autant de plaisir que moi à le regarder. それでは、また。
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dimanche 28 avril 2013

Cowboy Bebop, le film





Fan de Samurai Champloo, j'avais tenté il y a quelque temps de m'intéresser à d'autres oeuvres de Shin'ichirō Watanabe, et notamment à la plus fameuse d'entre elles, Cowboy Bebop. Je ne sais trop pourquoi, le 1er épisode de la série télévisée ne m'avait pas vraiment attirée. J'ai retenté le coup avec le long métrage, un peu plus récent (2001). Le film n'est pas un calque de la série. D'après Wikipédia, il s'intercale entre les épisodes 22 et 23.

 

 

Synopsis


Quelque part dans l'univers colonisé par les hommes, une équipe de chasseurs de primes gagne tant bien que mal sa vie en arrêtant des criminels. Un terroriste, décidé à détruire le monde en diffusant un drôle de virus à base de nanotechnologie, fait son apparition. Alléchés par la prime, nos chasseurs se mettent à enquêter, au péril de leur vie. Parviendront-ils à sauver le monde ? Je vous laisse deviner...

Commentaires


Il y a incontestablement dans Cowboy Bebop un air de déjà-vu : le film rappelle une de ces super productions américaines où Bruce Willis sauve le monde, au terme de palpitantes courses poursuites (comme on est dans l'espace, c'est avec des vaisseaux spaciaux, comme dans un bon jeu vidéo) et d'héroïques combats. Il y a le classique conflit de compétences entre la police et l'armée (avec ses vilains secrets), finalement aussi inutiles l'une que l'autre, puisqu'au final, c'est la bande de chasseurs de prime free-lance qui vient à bout du méchant (oups, j'ai dévoilé la fin).
Je me moque, je me moque, mais Cowboy Bebop reste très agréable à regarder. Car une superproduction américaine reste un excellent divertissement dès lors qu'elle est réussie, même si le scénario laisse peu de surprises. L'affiche du film l'annonce clairement : "quitte à sauver le monde, autant le faire avec style"  : tout est dans le style, plus que dans le suspens, et c'est justement parce que l'on sait où l'on va qu'on peut pleinement apprécier la réalisation du film. Il suffit pour que la mayonnaise prenne que les scènes d'action soient bien ficelées, qu'il y ait un zest d'humour dans les dialogues, un bon rythme, etc. Cowboy Bebop possède tous ces ingrédients, et bénéficie d'atouts propres à l'animation : les scènes de combats, par exemple, sont particulièrement fluides et réussies, plus que ne le seraient des scènes réelles. Le rythme est excellent, les personnages suffisamment intéressants, bref on ne s'ennuie pas, d'autant que l'ensemble est valorisé par une musique parfaitement adaptée, un des éléments clefs du film...et de son style.

****

Il n'en reste pas moins que l'influence américaine est, à mes yeux, un peu trop présente et que je préfère, de loin, l'ambiance de Samuraï Champloo. De même, si le film est très bon, il est loin d'atteindre les qualités graphiques et l'originalité des réalisations de Satoshi Kon, notamment de Paprika, dont j'ai déjà parlé sur ce blog.
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